LIVRE V
de distance en distance sur l'Oronte^ elle offrait aux voyageurs moins de sécurité. De temps à autre, surtout dans le voisinage de l'Arabie, les caravanes voyaient apparaître à l'improviste des bandes de Sarrasins montés sur des chevaux ou des dromadaires, la tête enveloppée de linges, le corps nu sous un manteau traînant, un lourd carquois sur Tépaule et une longue lance en main, qui, se jetant sur le convoi, pillaient les bagages et emmenaient les voyageurs prisonniers. 11 y avait à peine quelques années qu'une caravane de soixante-dix personnes, hommes, femmes et enfants, avait été ainsi enlevée et conduite dans le désert pour y être rançonnée ou réduite en captivité-.
La route du littoral était plus sûre, mais difficile à parcourir : la chaussée étroite et sinueuse, presque toujours taillée dans le roc, était ravinée par les torrents, et, en plus d'un endroit, minée par la mer, très-violente dans ces parages; Paula fit choix de celle-ci, qui était la route ordinaire des pèlerins, tandis que l'autre était celle des marchands. Les voyageurs prirent congé de révêque Paulin, qu'ils ne devaient plus revoir, et sortirent d'Antioche du côté de Daphné, ce bourg fameux par ses impurs mystères^; nos pèlerins ne le traversèrent qu'avec horreur. Les hommes s'étaient munis de montures à leur guise, chevaux, ânes ou chameaux; les jeunes filles étaient probablement portées en litière. Quant à Paula, elle avait choisi un âne, malgré la dureté de l'allure. « C'était merveille, dit l'historien de ce voyage,
1. Cœlesyria {-ri Koily] lupia) Libano et Antilibano includitur. Strab., XVI, II, 10. — Cf. Notitia Imp. Rom. éd. Bôcking., t. I, p. 87 et seqq.