‹ Saint JéromeChapitre 182 sur 387 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

construire au-dessus une église, qui rivalisa de magnificence, sinon de grandeur, avec la basilique de Jérusalem ^ Suivant le procédé déjà employé pour cette dernière, la grotte servit de crypte à l'église de Bethléem, un escalier tournant y conduisit de chaque côté de l'autel, et elle fut mise en communication avec les cavités environnantes par des corridors pratiqués dans le roc. C'est à cette crypte que couraient d'abord les pèlerins; Jérôme , Paula , Eustochium , tous enfin furent bientôt en prière devant la Crèche.

Peindre ici, d'après le témoin oculaire qui nous les transmet, les émotions de notre héroïne, comme je l'ai déjà fait à propos du Saint-Sépulcre, c'est encore écrire une page d'histoire; ces naïves manifestations du cœur en disent plus sur l'état moral d'un siècle que les plus ingénieuses dissertations philosophiques. Prosternée sur la pierre de Bethléem, Paula éprouva, comme au Saint- Sépulcre et à l'église de la Croix, un de ces états d'exaltation violente qui tiennent le milieu entre la vie réelle et la vision. « Je vous jure, disait-elle à Jérôme agenouillé près d'elle, que je vois l'Enfant divin enveloppé de ses langes... le voici! La Vierge-mère le prend dans ses bras ; de quelle tendre sollicitude l'entoure son père nourricier!... J'entends son premier vagissement : là-bas retentissent le pas des bergers et le chant des anges!... » Elle voyait aussi les Mages, leurs présents, l'étoile miraculeuse rayonnant sur l'étable ; puis la scène changeait au heu de la joie, c'était du sang; c'étaient des larmes Hérode furieux ordonnait le massacre de tous les enfants des soldats, l'épée en main, les arrachaient du sein de leurs mères; Joseph et Marie fuyaient en Egypte... C'est

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