‹ Saint JéromeChapitre 184 sur 387 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

lieux, OÙ un secret pressentiment semblait l'enchaîner. On eût dit que sa destinée se révélait tout entière à sa vue, quand on l'entendit s'écrier avec un accent prophétique : (( Quoi! misérable pécheresse, j'ai été jugée digne de baiser la Crèche où mon Seigneur a poussé son premier cri ! J'ai été jugée digne de prier dans cette caverne où une Vierge-mère a enfanté mon Dieu! J'établirai ici ma demeure, parce que mon Sauveur y a placé la sienne; et la patrie de mon Dieu sera aussi le lieu de mon repos M » La noble étrangère, venue des collines du Tibre, ne croyait pas si bien dire : le repos éternel devait commencer pour elle à Bethléem, et y peser longtemps sur ses os.

L'impatience les aiguillonnait cependant ; ils partirent, et, traversant, après un trajet de quinze cents pas, l'endroit appelé la tour d'Ader, où furent les pâturages de Jacob , et où les bergers, veillant dans la nuit de la Nativité, entendirent l'hymne de réconciliation entre le ciel et la terre, ils gagnèrent l'ancienne route, qui menait à Gaza. Bethsora leur fournit une station près de la fontaine où l'eunuque de la reine Gandace, Juif prosélyte, converti au christianisme par Philippe, avait « changé de peau spirituelle ^ » comme disait Jérôme. Ge lieu était d'une rare beauté. La source sortie d'un roc tombait d'abord dans un bassin large et profond, où Philippe et l'eunuque avaient pu descendre tous deux pour le baptême par immersion; elle s'en échappait ensuite par nappes, pour aller se perdre dans les fissures des rochers voisins. L'ancien pays des Philistins, avec Gaza, sa capitale, leur offrit le souvenir du

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