LIVRE V
Leur voyage dans l'ancien royaume de Juda était terminé; ils reprirent la direction de Jérusalem par le bord de la mer Morte, par ïliécua, patrie du prophète Amos, et le torrent de Cédron. Chemin faisant, ils se délassaient par des conversations d'où la gravité n'excluait pas toujours l'enjouement, et Paula, d'un caractère habituellement mélancolique, s'échappait parfois en saillies d'une douce gaieté. On lui proposait de visiter, près d'Hébron, une vieille ville située sur une montagne assez raide, et appelée en hébreu Cariath-Sèpher, la ville des Lettres, parce qu'elle avait été, du temps des Chananéens, le siège d'une sorte d'académie religieuse, et sous les Israélites une cité lévitique. Paula ne s'en souciait pas, soit qu'elle n'éprouvât aucun désir de curiosité, soit qu'elle craignît la fatigue. « La ville des lettres! dit-elle en riant, nous n'en avons point besoin. On dédaigne la lettre qui tue, quand on a l'esprit qui vivifie. » Jérôme mêlait plus d'amertume à ses plaisanteries. Lui, qui avait tant souffert des persécutions du clergé romain, lui qui naguère s'élevait avec tant d'énergie contre l'intempérance des prêtres et la gloutonnerie des moines, n'épargnait point les allusions satiriques quand l'occasion s'en présentait. Passant un jour dans la ville de Bethphagé, un des grands sièges du sacerdoce lévitique, il fit remarquer malicieusement à ses amis que ce mot signifiait en hébreu la ville des Mâchoires'^.
La petite troupe venait de parcourir le midi de la Palestine; elle connaissait déjà, dans le nord, la zone qui confine à la grande mer; il lui restait à voir le centre de la Samarie et de la Galilée, ainsi que la vallée du Jourdain jusqu'à la mer Morte. Ce nouveau voyage