LIVRE VI
comme un monument de leur passage, et dressées dans un champ où la tradition religieuse les avait en partie préservées^ : Jérôme et ses compagnons s'y rendirent. Il leur restait à voir le Jourdain, dont ils étaient encore séparés par une plaine de deux lieues, aride et brûlante.
La chaleur était excessive, et pour échapper à ses ardeurs, Paula voulut qu'on partît la nuit. Le soleil commençait à paraître lorsqu'ils atteignirent les bords du fleuve, où un spectacle émouvant les attendait. L'astre s'éleva en face d'eux, derrière les montagnes d'Ammon, inondant de ses clartés l'ancien campement de Josué, le désert de Jean-Baptiste et le Jourdain luimême, qui semblait porter à la mer Morte des nappes de feu. Paula se tenait debout sur la rive; oppressée par l'admiration, et, semblable à une prophétesse du passé, elle se mit à dérouler le tissu des merveilles dont ces grandes scènes avaient été témoins. Ici l'arche d'alliance fendant le courant du Jourdain et les lévites la suivant à pied sec; là le fleuve redressant ses eaux comme deux murailles pour laisser passer Élie et Elisée; puis le Christ lui-même, venant se courber sous cette onde, afin que, par la vertu de son baptême, le Créateur purifiât toutes les eaux terrestres, souillées des impuretés du déluge. Elle peignit alors le vrai soleil de justice, s' élevant sur le monde et dissipant les antiques ténèbres par des rayons mille fois plus resplendissants que ce soleil périssable qui éblouissait leurs regards. Arrachés avec peine à ce beau spectacle et devançant la chaleur du jour, ils entrèrent par la vallée d'Achor, c'est-à-dire du Tumulte^,