LIVRE VI
ville superbe et incrédule que le signe de son châtiments Traversant le lac de Génézaretli u sanctifié par la navigation du Seigneur, » ils visitèrent le désert témoin de la multiplication des pains. Tibériade enfin les reçut dans ses murs, où le voyage se termina.
Cette dernière de toutes leurs stations ne fut probablement pour Jérôme ni la moins agréable ni la moins fructueuse. Nous avons fait remarquer avec quel soin cet admirable voyageur, partout où il passait, recherchait les Juifs instruits pour causer avec eux, leur proposer des difficultés et s'éclairer de leurs lumières. La position exacte des endroits cités dans les Écritures, leurs noms, la signification de ces noms lui paraissaient une étude indispensable à qui veut saisir la Bible au vif et surtout la commenter. Il disait à ce sujet que, « de même que l'on comprend mieux les historiens grecs quand on a vu Athènes, et le troisième livre de VÈnèide quand on est venu par Leucate et les monts Acrocérauniens, de la ïroade en Sicile, pour se rendre ensuite à l'embouchure du Tibre : de même, on voit plus clair dans les saintes Écritures quand on a parcouru la Judée, interrogé les souvenirs de ses antiques cités, 'étudié sa géographie S n
(( Ce travail, ajoute-t-il, j'ai pris soin de le faire avec les plus érudits des Hébreux : j'ai parcouru avec eux la contrée que proclament toutes les bouches chré-
1. Et tu, Gapharnaûm, numquid usquo in cœlum exaltaberis? Usque, in infernum descendes. Mattli., xi, 23.
2. Quomodo Grsecorum liistorias magis intelligunt, qui Athenas viderint ; et tertium Virgilii librum , qui a Troade, per Leucaten et Acroceraunia, ad Siciliam, et inde ad ostia Tiberis navigaverint : ita Sanctam Scripturam lucidius intuebitur, qui Judseam oculis contemplatus sit, et antiquarum urbium memorias, locor unique vel eadem vocabula, vel mutata coguoverit. Hicron., Prœf. in Paralip., t. I.
'2-62 SAINT JÉllOME.
tiennes*. » Or il y avait à ïibériade plus que des érudits isolés, il y existait une société de rabbins et une académie hébraïque. Après la ruine du temple et la dispersion des Juifs sous Titus, tout ce qu'il y avait de docteurs à Jérusalem et de Juifs instruits, attachés à l'ancienne Loi, s'étaient retirés à ïibériade, où ils avaient fondé une école célèbre, celle d'où est sortie la Mischna. Ces rabbins s'occupaient heaucoup d'interprétation biblique. Jérôme dut les rechercher avec un empressement qui sans doute aussi fut réciproque, malgré l'opposition des croyances et la différence des points de vue. C'est alors probablement qu'il se lia avec le rabbin Barrabaii, appelé aussi Baranina, homme admiré pour sa science, estimé pour son caractère, et qui le servit efficacement dans ses travaux-. Le grand docteur chrétien rentra donc à Jérusalem avec un trésor de renseignements et de notes qu'il avait conquis sur l'ennemi, comme jadis les vases d'Egypte, emportés par Israël. Mais le plus précieux trésor était dans sa vaste mémoire, qui valait à elle seule toutes les notes et toutes les bibliothèques du monde.
Ils avaient vu le passé du christianisme dans son berceau; il leur restait à le voir vivant et agissant dans
1. Kobis cui'09 fuit, cum eruditissimis Hebroeorum, hune lal)orem subive, ut circuinireinus provinciain, quani oinncs Chiisti ecclcsku ::.ununt. Hieron., ]*r(ff. hi Ihtralip.
2. Hieron., Lp. il. — Coinin. ha., wii. — lu Ruf., i, pass. , ii
et pass.