LIVRE VI
un de ces grands corps cénobiliques, où l'esprit du siècle trouvait la perfection de la vie chrétienne. Aiguillonnée par l'exemple de Mélanie, Paula voulait visiter Nitrie, cette Ville du Seigneur'^ ou des Saints, comme on l'appelait, qui n'avait pas sa pareille dans la chrétienté, et auprès de laquelle les monastères de File de Chypre n'étaient guère plus que le conventicule de Marcella auprès des fondations d'Épiphane. Elle voulait aussi se plonger dans la poésie mystique du désert, en contemplant ces héros du monachisme dont les légendes avaient fait tant de fois battre son cœur, et ses désirs étaient partagés par ses jeunes compagnes. Jérôme déclarait qu'il ne les quitterait point. Il trouvait dans ce voyage l'occasion de continuer en Egypte son travail d'exploration biblique, qu'il n'avait fait que commencer en Judée. Tous se préparèrent donc avec joie, et la caravane, organisée pour un voyage plus long et plus aventureux que celui qu'ils venaient d'accomplir, gagna, de toute la vitesse de ses montures, la ville philistine de Gaza.
ils ne purent cependant traverser Socoth sans que Paula eût la fantaisie de visiter la fontaine de Samson, jaillie d'une dent de la fameuse mâchoire d'ane, et de se désaltérer à cette eau-. Marasthim lui donna une tentation pareille, elle voulut aller prier sur le tombeau du prophète Michée, changé en église ^ Gaza , qu'ils connaissaient, ne les arrêta point, et leur passage par le désert des Amalécites ne fut troublé d'aucun incident