LIVRE VI
rannée restait stérile ; et que, si, par l'incurie des gardiens ou parla violence du courant, le rempart de digues venait à se rompre, l'inondation dévastait la terre au lieu de la féconder ^
Il apprit encore que la navigation se pratiquait à la remonte au moyen d'un lialage à dos d'homme, dont les manouvriers se relevaient de station en station, et qu'au nombre des stations on calculait la longueur du trajets II se fit renseigner sur la défense de l'Empire romain du côté de rÉthiopie, sur l'existence de la tour de Syène et le camp retranché de Philœ, sur les fameuses cataractes, en un mot sur tout ce qui regardait la configuration du pays, ses divisions, ses habitants. Il étudia tout, afin de se servir de ces renseignements, comme il le fit en effet, dans l'interprétation de l'Ancien Testament. Coupant ainsi la basse Egypte en travers, d'un bras à l'autre du Nil, nos voyageurs arrivèrent enfin à sa bouche occidentale, et saluèrent de leurs acclamations la ville de Nô.
Sous ce nom d'une antique bourgade pharaonique, Nô n'était pas moins que la grande Alexandrie, métropole de toute l'Egypte et une des capitales du monde romaine Ce ne fut pourtant point l'admirable beauté de son port qui les intéressa le plus, ni le souvenir du conquérant macédonien, ni celui de Pompée, de César, de Cléopâtre, dont les aventures se lisaient, en môme temps que leurs noms, sur tous les monuments de la ville : sans être indifférent aux choses de l'histoire, Jérôme avait un but plus précis. Alexandrie renfermait alors
1. Hicron.,Ep. 8G. — In Isa., iv, t. III. — InEzech., ix,t. III.