Hieron., in Joël., t. III
3. Urbem Nô, quce postea versa est in Alcxandriam. Ilieron., Ep. 8().
dans ses murs un docteur chrétien dont il ne connaissait que quelques ouvrages, mais dont il avait entendu parler par ses maîtres d'Antioclie, de Laodicée, de Gonstantinople, comme d'un rival d'Atlianase et d'un philosophe digne d'être placé assez près d'Origène. Ce grand docteur se nommait Didyme , nom à présent bien inconnu : il était aveugle. Rien n'est plus digne peut-être des sympathies de l'historien que ces gloires éphémères d'un siècle, ignorées des autres, et mortes avec le sentiment qui les avait produites, mais qui ont, à un certain moment, illustré leur pays et enthousiasmé les contemporains. Didyme, à ce prix, mérite une mention particulière dans ces récits.
Il était Égyptien, né de parents chrétiens et chrétien lui-même. Un affreux malheur l'avait frappé dans sa première enfance : il n'avait pas encore cinq ans, et commençait à peine à connaître ses lettres, quand un mal soudain lui enleva complètement la vue. Le magnanime enfant ne se rebuta point : il acheva d'apprendre à lire au moyen de caractères mobiles qui lui servaient à composer des mots et des phrases*. Il sut bientôt ce que les clairvoyants pouvaient savoir, et bien plus qu'ils ne savaient : l'étude était devenue la seule condilion de sa vie. Assidu aux leçons des professeurs les plus célèbres, il étudia tout : grammaire, rhétorique, poésie, philosophie, mathématiques et jusqu'à la musique, qui faisait alors partie de cette dernière science. Nul n'interprétait mieux Platon, nul ne parlait si bien d'Aristote. Ce qu'on citait surtout comme une merveille, c'est qu'étant aveugle, il sut résoudre les problèmes les plus compli-
1. Adniodum adolescens, ((iiuin jain i)rinia litteruruni cleiucntu didicisset, iu morbuin oculuium iiicidit. Socr., iv, 2b.