‹ Saint JéromeChapitre 206 sur 387 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

voulut bien composer pour lui, et à sa demande, des commentaires sur les prophéties de Miellée, d'Osée et de Zacharie. Bien des années après, Jérôme, au comble de la gloire, proclamait heureux entre tous les jours de sa vie, ceux qu'il avait passés dans ces doux entretiens. Le nom de Didyme resta sacré pour lui, lors même qu'il se mit à combattre avec passion l'origénisme, en la personne de Rufin. Il disait avec une grâce charmante de son ami d'Alexandrie, qu'il lui plaisait d'appeler son maître : « Cet aveugle est vraiment un voyant, dans toute la force du mot hébreu appliqué aux prophètes. Son regard plane au-dessus de la terre ; Didyme a ces yeux que l'Écriture loue dans l'épouse du Cantique des cantiques, et ceux-là aussi que le Christ nous ordonne de lever en haut, pour voir si les campagnes sont blanches et les épis déjà mûrs^ »

Cependant le temps paraissait long aux compagnons de Jérôme et de Paula : rien ne les intéressait plus dans Alexandrie, et la vue de nombreux solitaires établis dans les environs (car la vie monastique, sortie du désert, commençait à assiéger les villes^) aiguillonnait leurs désirs : Nitrie les appelait. La caravane se remit donc en marche, et nous la suivrons dans cette nouvelle excursion. Mais, pour l'intelligence de notre récit, nous devons exposer d'abord ce que c'était que ce lieu fameux, dans quelle contrée de l'Egypte il était situé, et par quels chemins on s'y rendait.

1. Didymus vero meus, oculum habens sponsœ de Cantico canticorum ; et illa lumina quœ in candentes segetes sublimari Jésus prœcipit; procul altius intuetur : et antiquum nobis morem rcddidit, ut Videns vocetur Propheta... Hieron., Pœfat. Didym. de Spir. sanct., t. IV.

2. Les monastères établis autour d'Alexandrie ne renfermaient pas moins de deux mille moines. « Gircitor bis mille. » Pallad., Lausiac, c. 7.

Ilï.

Quand on descend de la haute dans la moyenne Egypte, en suivant le cours du Nil, on voit les deux chaînes de montagnes parallèles, qui forment son lit jusque-là, se séparer à la hauteur de Fancienne Memphis. Celle de droite, sous le nom de chaîne arahique, se dirige obliquement vers la mer Rouge et l'isthme de Suez; celle de gauche projette deux grands rameaux, le premier vers le lac Maréotide, au midi d'Alexandrie, le second plus à l'ouest, vers la Méditerranée, à travers les sables de la Libye : c'est ce qu'on appelle la chaîne libyque. Entre ces deux rameaux et les collines du Nil d'un côté, les sables libyens de l'autre, s'ouvrent deux larges vallées, dont la plus orientale renferme des terrains nitreux et plusieurs lacs salés\ et la plus occidentale, remplie de sables et sans végétation, semble avoir été un ancien bras du Nil, et porte encore aujourd'hui parmi les Arabes le nom de Fleuve-sans-Eau ^ Ces deux vallées, séparées l'une de l'autre par un plateau de quatorze lieues dans sa plus grande largeur, composaient les domaines monastiques de Nitrie et de S.cété. Rien de plus stérile, rien de plus attristant que ce royaume de la solitude avec ses sombres spectacles et ses privations pour ceux qui l'habitaient ^ ses périls

1. Sozom.,vi, 31.— Strab., vu, 1. — Elle porte aujourd'hui le nom de vallée du Natron.

2. Mémoires de Vexpédition française en Egypte : Vallée du Natron.

3. Est enim locus tcrribilis, et alienus ab omui consolatione. Pallud., Lausiac, c. 80.

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