Ruf., ApoL, II, ap. Hieron
au contraire, que la foi n'a qu'à gagner aux lumières, et que cette ignorance tant reprochée aux chrétiens par les polythéistes devait disparaître pour le hien de l'Église : la rusticité dévote et l'envie en jugèrent autrement, et ces innocentes leçons lui furent imputées à crime. Rufin, implacable pour tout ce qu'il ignorait, voulut y voir une corruption de la jeunesse, et dénonça plus tard son ami comme un apostat, un païen, un prédicateur du polythéisme. Jérôme commettait, il est vrai, un autre crime du même genre en faisant copier des manuscrits de littérature profane par les moines du mont des Oliviers, que Ruûn dirigeait : l'austère envieux ne le trouvait pas mauvais alors, attendu que ses moines en tiraient un bon profit, Jérôme payant fort largement. On pouvait même lui reprocher de se faire parfois l'entremetteur de ces petites pratiques païennes, soit en portant les manuscrits à son couvent, soit en collationnant lui-même les copies sorties de la main de ses frères. « Pourrais-tu nier, disait-il à Jérôme plus tard, dans une de ces Invectives où il dressa l'acte d'accusation de son ancien ami, pourrais-tu nier qu'étant venu un jour de Bethléem à Jérusalem tu apportas ton portefeuille, et que dans ce portefeuille se trouvait un dialogue de Platon, traduit par Cicéron, et que tu laissas entre mes mains^? )> Jérôme se garda bien de le nier: car, s'il y avait eu crime, l'accusateur s'avouait complice. Cette sirène de l'antiquité classique ne lui fit jamais oublier d'ailleurs qu'il était moine, qu'il était chrétien, et qu'il devait toutes les forces de son génie à la glorification du Dieu dont il était le ministre. Il le sent : il le répète : il l'écrit jusqu'à satiété, dans ses défenses, dans