LIVRE VIL
Bethléem, qui l'accomplit en partie. Sophronius, de son côté, ne manqua point à sa parole, et l'Occident eut le rare et suprême honneur de voir une interprétation grecque de la Bible, puisée chez un auteur latin, remplacer dans beaucoup d'Églises d'x\sie le texte consacré des Septante ^
C'était un rude et difficile labeur pour lequel Jérôme eut besoin de plus d'un maître, car dans l'Ancien Testament, composé de tant de livres divers d'objets et écrits à des époques différentes, les styles, les dialectes, la langue elle-même, changent souvent d'un livre à l'autre. Gb que rabbin distingué de Tibériade ou de Lydda s' onnait particulièrement à tel dialecte ou à tel ou- \.,.ge, dont il approfondissait l'étude : c'est à ces assistances spéciales que recourut Jérôme. Ainsi il fit venir près de lui, à grands frais, sa récente connaissance de Lydda, ce Juif qu'il appelle le Lyddien, et qui réunissait, paraît-il, à un très-haut degré le goût de l'argent et celui de la science; ils lurent ensemble plusieurs parties de la Bible, le livre de Job par exemple, qui lui coûta beaucoup de peine. Il en étudia d'autres avec un rabbin très-renommé de Tibériade ^ Quand il voulut lire Tobie et Daniel, il lui fallut changer encore de maître : ces livres sont écrits en chaldaïque, et il dut se procurer un rabbin qui connût à fond cet idiome. Le rabbin lisait le texte de Daniel en hébreu; Jérôme, qui savait parfaitement l'hébreu, traduisait sur-le-champ en latin, et des secrétaires écrivaient sous sa dictée ^ Ce
1. Me piitabam bene mereri de Latinis meis, et nostrorum ad discendiim animos concitare, quod etiam Grseci versum de Latino, post tantos interprètes, non fastidiunt. Hieron., ad Sophr. in liuf., ii.