LIVRE VII
mis d'Israël lorsque Barach tremblait, que Judith et Esther sauvèrent le peuple de Dieu. Voilà pour les Hébreux. Quant aux Grecs, à qui faut-il apprendre que Platon écoutait discuter Aspasie, que Sapho tenait la lyre à côté d'Alcée et de Pindare, que Tliémiste professait parmi les savants de la Grèce? Et chez nous, Gornélie, la mère des Gracques; et la fille de Caton, J'épouse de Brutus, devant qui pâlissent et l'inflexible vertu du père et l'austérité de l'époux; ne les comptons-nous pas parmi les gloires de Rome? Il faudrait des livres entiers pour raconter tout ce qu'il y eut de grandeur chez les femmes ^ »
L'achèvement des constructions mit fin, quant aux amies de Jérôme, à cette vie de pieuse érudition, qui n'était pour elles qu'un délassement : un autre labeur, d'autres devoirs commencèrent alors, ceux d'une direction monastique. Paula déploya dans ces obligations nouvelles une constance opiniâtre et une fermeté qu'on eût pu croire incompatibles, soit avec la douceur de son caractère, soit avec la mollesse de sa vie mondaine.
Le premier monastère fut bientôt rempli, puis le second et le troisième successivement. La petite troupe de vierges romaines amenée par Eustochium avait servi de noyau aux communautés, et il s'y était joint rapidement une multitude de filles et de veuves, les unes riches, les autres pauvres, accourues de toutes les parties de f Orient, celles-ci pour trouver du pain près d'une femme riche et bienfaisante, celles-là pour partager la gloire qui s'attache toujours à un grand nom, et recevoir la règle d'une descendante des consuls romains et
1. Plena est historia tam grseca quam latina virtutibus feminarum et quse integros libros flagitent. Hieron., in Soph. proL
des rois de Lacédémone. Ces dernières, qui voulaient faire étalage, se présentaient souvent avec un cortège de suivantes et d'eunuques : Paula ferma la porte à toute cette valetaille ^ Chacun devait se servir soi-même et servir le couvent : elle en donnait l'exemple aux autres. Non-seulement elle se mettait aux gros ouvrages, mais elle était la première à prier comme à surveiller. Quoique astreintes à la vie cénobitique, les recluses travaillaient et mangeaient séparément, mais elles faisaient l'oraison en commun. C'était au chant de V Alléluia qu'on se réunissait; aucune ne pouvait rester alors dans sa cellule, la défense était absolue. On chantait tout le Psautier de suite à tierce, à sexte, à none, à vêpres et à minuit. Toutes les sœurs étaient tenues de le savoir par cœur et d'apprendre chaque jour un nouveau passage des Écritures ^
Ces exercices se pratiquaient dans les chapelles des couvents, où d'ailleurs on n'offrait point le saint sacrifice, Jérôme ayant renoncé dès son ordination aux pratiques du sacerdoce, etVincentius, plus moine queprêtre, en déclinant l'honneur par humilité. Le dimanche, toutes les communautés se rendaient à l'église, une des anciennes en tête, et revenaient dans le même ordre; l'église dépendait de l'évêque de Jérusalem et était desservie par des prêtres de son clergé. Au retour, on distribuait les ouvrages de la semaine. Les sœurs faisaient tout elles-mêmes, y compris leurs vêtements, qui étaient d'étolfe et de couleur uniformes. Toute communication
1. Si qua erat nobilis non permittebatur de domo sua habere comitem. Hieron., Ep. 8G.
2. Mec licubat cuiquam sororuni ignorare Psalmos, et non de Scripturis sanctis quotidie aliquid discerc. Hicron., ibid.