‹ Saint JéromeChapitre 256 sur 387 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

les ont exclus, et nous avons été forcés de les envoyer jusqu'à Diospolis, où Dionysius, évêque et confesseur, les a reçus dans la foi. Nous, diviser l'Église ! quand nous n'y trouvons pas la plus petite place hors de nos cellules, et que nous sommes réduits à contempler de loin la grotte du Sauveur, gémissant et pleurant de voir des hérétiques franchir librement ce seuil sacré qui nous repousse.

(( C'est donc nous qui divisons l'Église, et non pas toi, toi qui refuses un toit aux vivants, une sépulture aux morts, et qui sollicites l'exil de tes frères! Qui donc est allé, par les armes spirituelles, exciter contre nos vies la redoutable et puissante bête qui menaçait la vie du monde entier^? Qui donc a ordonné que les os des saints, ces cendres innocentes, restassent privés de sépulture, fouettés par le vent, battus par la pluie, exposés à tous les outrages du temps? Voilà les douces caresses par lesquelles le bon pasteur nous invite à la paix et nous reproche paternellement de vouloir nous faire un gouvernement à part! Mais nous n'en avons pas besoin : nous ne sommes point séparés ; nous sommes unis, dans la communion et la charité, à tous les évêques qui professent la vraie foi. Es-tu donc l'Église à toi seul, et celui qui t'offense et celui que tu n'aimes pas doit-il être exclu par le Christ"-? Si tu défends ton propre gouvernement, montre-nous du moins un évoque dans ta personne, et non un persécuteur. Ce qui nous sépare de toi, c'est la question du dogme : nous le disons,

1. Quis potentissimam illam feram,totius orhis cervicibus imminentem, contra nostras cervices spiritualiter incitavit? Hieron., Ep. 38.

2. Au tu solus Ecclesia es, et qui te offenderit, a Ghristo excluditur Hieron., ibid.

nous le répétons. Prouve-nous que tu es chrétien, que tu es catholique, et lorsqu'il n'y aura plus entre nous d'autre sujet de dissentiment que l'ordination de Paulinien, la paix sera bientôt signée.

« Oh! tes plaintes à ce sujet sont fondées sur de bien grandes raisons ! Paulinien est un enfant ! et tu nous fais annoncer ce crime canonique par un prêtre, ton légat, ton confident, ton ouvrage, qui n'a pas seulement l'âge de Paulinien ^ Paulinien a été ordonné sans ton consentement, dans ton diocèse! mais n'as-tu pas fait venir de l'Église de Tyr le diacre Théosèbe pour en faire un prêtre de Bethléem, parce qu'il est notre ennemi, parce que tu le crois éloquent, parce que tu le vois tout prêt à nous accabler de ses foudres? Tu peux sans scrupule fouler aux pieds les canons, car tous tes caprices sont des droits, tous tes actes des règles de doctrine, et tu oses citer le vénérable Épiphane au tribunal du Christ, pour y être jugé avec toi! Tu reproches à ce saint évêque l'hospitalité de ton toit et la communauté de ta table, et tu écris qu'avant le discours prononcé dans la chapelle du Sépulcre il ne t'avait jamais entretenu ni d'Origène ni de ses doutes sur ta foi; lu l'écris : tu prends Dieu à témoin de la vérité de ton affirmation. Épiphane, lui, affirme le contraire : non-seulement il l'écrit; mais il te l'a dit en face, il l'a dit à tout le monde, il l'a dit à nous-mêmes, en présence de toute notre congrégation assemblée et qui est prête à en porter témoignage. . . Mais je m'arrête : pour l'honneur de l'épi-

i. A te est coargutus aetatis, qua Paulinianus erat : presbyterum ordinas et legatum mittis ac socium; tantamque habes fiduciam, ut ubi Paulinianum mentitus es puerum, illuc puerum mittas presbyterum. Hieron., Ep. 38.

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