LIVRE VIII
scopat, je ne voudrais pas convaincre un évêque de parjure ^ »
Cependant le gouverneur de la Palestine, Arche^Iaûs, homme honnête et éclairé, prit à tâche de rétablir la paix. S'étant rendu à Bethléem, il invita Jean de Jérusalem à s'y rendre de son côté pour s'expliquer publiquement devant lui sur les causes de cette désunion, u Qu'il nous expose sa foi, répétait Jérôme, qu'il dissipe nos doutes et nous nous soumettrons à lui sans réserve! » Jean promit d'abord de venir; mais au moment fixé pour l'entrevue il manda qu'une certaine dame de sa connaissance étant malade, cette maladie le retenait à Jérusalem. Le jour de Pâques approchait, et un grand nombre de moines, accourus pour assister à la conférence et regagner ensuite leurs couvents, montraient de ce retard une vive contrariété. Archélaûs écrit de nouveau; il annonce à Jean qu'il restera à l'attendre un jour ou deux. Jean ne vint point; la dame ne pouvait se passer de lui ; elle ne pouvait en son absence supporter la migraine ou le mal de cœur : la dame vomissait toujours. « Quel jeu! disait Jérôme indigné. Est-ce d'un évêque ou d'un histrion"-? » De guerre lasse, Archélaiis s'en alla.
Au fond, c'est ce que voulait Jean de Jérusalem. Peu soucieux d'un arbitrage laïque qui devait aboutir à une conciliation; moins empressé encore de se trouver en face d'un magistrat qui le connaissait de longue main, il avait traîné de délai en délai, et pendant qu'Archélaûs
1. Nolo respondere et arguere acriter : ne perjurii episcopum convincere videar. Hieron., Ep. 38.
2. Muliercula enim vomere non cessavit... Ludione an episcopus hsec loquitur? Hieron., ibicl.
l'attendait à Bethléem, il sollicitait lui-même un arbitre ecclésiastique. L'arbitre de son choix, ce n'était certes pas son métropolitain de Césarée, il n'avait garde de s'adresser là; il était allé prendre dans Alexandrie ce même patriarche Théophile, que Rufin proclamait son initiateur à l'origénisme, et qui avait commencé le premier dans les nômes de l'Egypte la guerre qui se poursuivait maintenant en Palestine. Jérôme sentit l'habileté perfide du coup. « Voyez, s'écriait-il, la loyauté de cet évoque, qui prend pour juge d'une querelle le même homme qui en est l'auteur! Voyez son obéissance aux lois de l'Église, lui qui, dans une question de discipline autant que de dogme, invoque un tribunal étranger! Césarée n'existe donc plus? N'est-elle plus métropole de la Palestine? L'Église de Jérusalem a donc été transportée sous l'autorité d'Alexandrie^? » Théophile ne refusa point, malgré l'irrégularité de la demande, un arbitrage qui lui était ofTert au nom de la concorde. Toujours disposé à mettre un pied dans les affaires d'autrui, il acceptait avec empressement ces sortes de missions, quand il ne les briguait pas; c'était relever encore l'importance déjà si haute de son siège que d'en faire un tribunal suprême des doctrines catholiques en Orient. 11 entretenait d'ailleurs près de lui, pour cet usage, une sorte de ministre dans la personne du prêtre Isidore, son confident, sa créature, et le même qui joua plus tard un rôle honteux dans les affaires de Jean Chrysostome-. 11 le dépêchait en qualité de légat dans
1. Ad Alexandrinum episcopum Palœstina qnid pertinet? Ni fallor, hoc ibi decernitur; ut Palœstinoe metropolis Caesarea sit, et totins Orientis Antiochia. Hieron., Ep. 38.
2. Consulter, dans mes Récits de l'Histoire romaine au v« siècle, les