‹ Saint JéromeChapitre 261 sur 387 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

comme la population monastique de la ville du Seigneur recommençait à s'agiter, le préfet d'Egypte exila les excommuniés en Palestine. Le patriarche, à qui le bruit convenait, y poursuivit ces malheureux, armant contre eux tout ce qu'il y avait d'hommes importants contraires aux docfrines origénisles : Épiphane et Jérôme liguraient au premier rang. Ils reçurent du patriarche des lettres de congratulation sur leur foi en même temps que la prière de l'assister dans ses efîbrts pour étouffer une secte impies On ne peut se figurer Tétonnement que de pareilles lettres causèrent tant à Bethléem qu'à Jérusalem : à Jérusalem, ce fut un coup de foudre, à Belhléem un rayon de soleil dans la nuit. Jean, qui était exempt de tout fanatisme dogmatique et pour lequel il était indifférent de dire du bien ou du mal d'Origène dans ses catéchèses; Jean, qui n'avait qu'une seule ambition, celle de se fortifier au dehors contre son métropolitain, et qui trouvait dans l'alliance du patriarche d'Alexandrie un appui qu'il faisait sonner bien haut; Jean ne se révolta point de la brusque conversion de son ancien juge, et, réfléchissant que ce changement entraînait nécessairement le sien, il fit à Jérôme des ouvertures de paix.

Vainqueur sur tous les points, celui-ci pouvait-il refuser? Celte longue séparation l'avait trop vivement tourmenté ; elle avait trop durement affecté ses amis ; il accepta la paix. Au reste, il faut le dire à l'honneur de Jean de Jérusalem, il se réconcilia sans arrière-pensée. Bethléem prit donc en un clin d'œil une autre physionomie, comme par l'effet d'une incantation magique.

1. Festina igitur et tu, partem liujus praemii recepturus, deceptos quosque emendare sermonibus. Tlieoph. Ep., ap. Hieron., Ep. 00.

Les portes de la basilique et de sa crypte se rouvrirent aux habitants des monastères; leurs catéchumènes furent admis aux fonts baptismaux, et leurs morts purent enfin reposer saintement en terre chrétienne. Jean fit plus. Non moins excessif dans cette voie nouvelle qu'il l'avait été dans l'autre, il ne se contenta pas de reconnaître Paulinien pour prêtre et de l'admettre dans son clergé, il ofi'rit à Jérôme la direction de l'église paroissiale, et Jérôme l'accepta, afin de conjurer pour l'avenir les événements dont il venait d'être victime. Les prêtres de Bethléem lui furent complètement soumis, quoiqu'il n'exerçât pas les fonctions curiales.

Rufin ne pouvait rester isolé au milieu d'une paix si complète : l'évêque tint à honneur de rapprocher les deux anciens amis. Jérôme et Rufin assistèrent à une messe qu'il célébra pour eux dans l'église de la Résurrection; ils y communièrent ensemble et se donnèrent la main sur le Sépulcre du Dieu qui avait pardonné à ses bourreaux ^ Dans le cœur de Jérôme, la réconciliation fut sincère, fervente même, et il s'y mêla des élans de retour vers les affections de sa jeunesse; dans celui de Rufin, elle fut compassée et froide : chez le moine superbe, l'émotion de l'orgueil humilié dominait toutes les autres. Jérusalem n'était plus pour lui qu'un lieu de supplice, dont la vue lui pesait. Il la quitta donc presque aussitôt pour se rendre à Rome, comme un généi:al vaincu change de positions, désireux de recommencer la guerre avec de nouvelles armes. Mélanie resta seule à Jérusalem.

1. Vos nobis paccm proficiscentibus dedistis... pacem dedimus... junximus dextras. Ruf. ApoL, ap. Hieron., m. — In Anastasi, immolato Agno, dextras junximus. Hieron., m Ritf., m.

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