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LIVRE IX

Douleurs au couvent de Bethléem. — Fermeté de P.iula. — Rufin et Mélanie se liguent avec l'évêque de Jérusalem contre Jérôme. — Fabiola à Bethléem. — Sa consultation sur son second mariage. — Irruption des Huns; fuite des solitaires. — Fabiola fait à Rome une pénitence publique. — La loi religieuse en opposition aux lois civiles. — Luttes de l'origénisme transportées à Rome. — Apologies de Rufin et de Jérôme.— Rufin convaincu d'hérésie se retire près d'Aquilée. — Synodes d'Alexandrie et de Rome. — Décrets d'Honorius. — L'origénisme e.st condamné en Orient et en Occident.

Que devenaient Eustocliium et Paula au milieu des disputes, des excommunications, des souffrances de toute sorte accumulées sur les monastères de Bethléem? Paula surtout éprouva le contre-coup des haines liguées contre son ami. A Bethléem comme à Rome, elle vit pleuvoir sur elle le dénigrement et la calomnie : ses moindres actions, ses moindres paroles, rapportées à Jérusalem, étaient noircies ou tournées en ridicule. Un personnage qu'ils désignaient entre eux par le surnom d'Adad l'iduméen, — ce cruel ennemi de Salomon, suscité par Dieu même, — se faisait l'odieux instrument des persécutions contre Paula. C'était, suivant un mot de Jérôme, le soufflet placé par le Seigneur près de sa joue pour l'empêcher de s'enorgueillir. La persistance et la méchanceté des outrages finirent pourtant par décourager

le solitaire, et alors eut lieu entre son amie et lui une scène touchante dont il nous a conservé le souvenir.

Un jour qu'il avait ressenti l'injure jusqu'au fond de l'âme, il alla, dans l'excès de sa douleur et de son affection, trouver Paula pour lui conseiller de retourner à Rome. « Partez, lui disail-il; on ne lutte pas corps à corps avec l'envie, on la fuit. Jacob s'est retiré devant Ésaû, David s'est dérobé par l'absence aux embûches de Saiil. — Non, répondit avec fierté la noble femme, je ne partirai pas. Lorsque Dieu permet au démon de persécuter ses serviteurs, vous avez beau le fuir, il vous précède dans votre fuite. Je suis ici au lieu que j'ai choisi ; quel autre endroit de l'univers me rendrait ma Bethléem^? » Elle disait encore : a Une conscience tranquille sait ce que valent les afflictions de la terre; ce sont autant de préparations aux joies d'en haut. Saint Paul a tracé la conduite du chrétien en face des injustices qui l'assiègent : (( Ne vous révoltez pas contre le mal qu'on vous fait, nous enseigne-t-il; sachez plutôt l'étouffer à force de bien. » Elle aimait à citer aussi ces beaux versets du prophète Isaïe sur la destinée humaine : « 0 homme! dès que tu es sevré du lait de ta nourrice et qu'on t'a arraché à la mamelle de la femme, attends tribulation sur tribulation, attends en môme temps espérance sur espérance-. » De ce jour, son parti fut pris. Lui arrivait-il de la part de son ennemi implacable

i. Ad illa haec respondebat : « Si diabolus contra servos Dei et auciN las non ubique fugeret, et ad omnia loca fugientes non prœcoderet... Si non sanctorum locorum amore retinerer; et Bethléem meam in alia reperire possem parte terrarum. » Hieron., Ep. 86.

2. In tribulationibus et angustiis Isaïae replicabat eloquia : « Qui ablactati estis a lacté, qui abstracti ab ubere, tribulationem super tiibulationcm expectate, spem super spcm. » Hieron., ibid.

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