‹ Saint JéromeChapitre 263 sur 387 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

quelque nouvelle et poignante injure, elle se mettait à chanter avec le Psalmiste : « Quand le méchant s'élevait contre moi, je me suis tue, et je n'ai pas même voulu dire de bonnes choses. Je suis restée comme un sourd qui n'entend rien, comme un muet à qui la parole est refusée, et ma langue n'a trouvé ni malédiction ni blâme. » Cette sainte sérénité finit par entrer dans le cœur de Jérôme : il ne parla plus de départ.

Cet Adad l'Iduméen, ce lâche persécuteur de Paula, c'était Ruiîn sans nul doute, et les commentateurs ne s'y sont point trompés; mais Paifin n'était pas seul. Dans les machinations ourdies à Jérusalem contre Jérôme, on reconnaît aisément la haine ingénieuse et persévérante d'une femme. Mêlante était au fond de tous les complots, envenimant de ses propres rancunes celles de Ruûn, conseillant ou plutôt gouvernant Jean de Jérusalem. Sa volonté impérieuse put seule en effet amener aux dernières violences cet homme inconsistant et faible. « Mêlante et Rufin étaient ses maîtres\ » nous dit Jérôme. Quel motif poussait donc cette femme à vouloir accabler ainsi un homme qui l'avait tant exaltée, dont elle avait recherché l'amitié au temps de sa jeunesse, et si vivement peut-être qu'on en avait médit? Les blessures de l'orgueil suffiraientau besoin pour expliquer sa haine. L'orgueil par lequel Mêlante vivait, tout autant que par l'exaltation religieuse, avait été froissé, brisé chez elle de toute façon depuis l'arrivée de Jérôme et de Paula.

Bethléem avait éclipsé Jérusalem. Les regards de la chrétienté s'y fixaient désormais sans partage, et les pèlerins ne faisaient plus que traverser le mont des Oliviers pour s'arrêter aux monastères de la Crèche. La

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