‹ Saint JéromeChapitre 268 sur 387 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

lutions imprévues, l'héritière des Fabius prit terre à Joppé saus avoir averti personne et sans que personne l'y attendît : elle était déjà aux portes de Jérusalem lorsqu'on apprit son débarquement. Un des plus chers amis de Jérôme, Océan us, l'accompagnait. Jérusalem, cité curieuse de grands noms et de scènes nouvelles, se porta tout entière à leur rencontre. Jérôme, Paula, Eustochium accoururent aussi de Bethléem ; et, au bout de peu de jours, Fabiola était installée au monastère de Paula, Oceanus à celui de Jérôme.

J'ai dit quelques mots de Fabiola, à propos des nobles matrones qui composaient la communauté de l'Aventin, et, sans rabaisser sa piété, je l'ai classée parmi les plus élégantes et les plus mondaines. Sa jeunesse en efîet, avait été traversée par de grandes passions suivies, comme presque toujours, de grandes déceptions. Presque au sortir de l'enfance, un amour insensé l'avait jetée dans les bras d'un mari indigne d^elle d'un homme infâme qui l'avait déshonorée, opprimée trahie à la face .de Rome^ Les dames romaines possédaient contre de pareilles infortunes un remède dont elles savaient souvent user, le divorce : Fabiola divorça mais une nouvelle passion la dominait alors, aussi impérieuse que l'ancienne. Elle se précipita dans un autre mariage, un bandeau sur les yeux, et son second mari ne valut pas même le premier. Elle eut alors un remords de conscience, et elle se demanda si, chrétienne qu'elle était, elle se trouvait réellement mariée à cet homme. Les élans religieux ressemblaient un peu chez elle à la fougue des aiîections terrestres : tout entière au moment

1. Tanta prior maritus vitia habuisse narratur, ut iie scortum quidem et vile mancipium ea sustinere posset. Hieroii., Ep. 84.

présent, Fabiola embrassait avec une égale ardeur ce qui satisfaisait son penchant et ce que réclamait son repentir. Elle avait donc quitté son second mari, mais sans invoquer cette fois le divorce.

Que venait-elle faire à Bethléem? Elle avait un autre motif que celui de visiter le Tombeau du Sauveur en suivant la mode qui poussait les grandes dames en Palesline, ou plutôt elle en avait deux. Elle voulait essayer d'abord si la solitude, la vie régulière, les pratiques de l'ascétisme sérieusement exercées, n'apaiseraient pas le bouillonnement incessant de son àme et le sentiment de son malheur. Elle voulait aussi être éclairée sur une certaine chose, prendre discrètement l'avis de Jérôme sur un parti auquel elle avait songé plus d'une fois ; mais, en digne fille de Fabius Gunctator, elle pensa qu'il fallait faire sa première expérience avant de consulter sur la seconde, et de révéler tout le fond de son âme au directeur qu'elle venait chercher de si loin. Le cas de conscience qui l'intéressait, au point de passer les mers pour le résoudre, se trouvait exposé dans une lettre écrite de Rome par un prêtre nommé Amandus, qui semblait consulter sur sa propre sœur, et Fabiola était dépositaire de cette lettre. On verra plus tard ce qu'elle en fit.

Le cahne profond de l'antique patrie de David, les émotions de la Crèche, les merveilles d'un pays peuplé de tant et de si grands souvenirs, transportèrent d'abord Fabiola. Elle crut avoir trouvé le nœud de sa destinée, et supplia Jérôme de lui procurer une maison où elle s'installerait avec toute sa suite, ne comprenant guère autrement la solitude. Sans être une nouveauté pour elle, car elle avait l'esprit très-orné, les études de Paula et d'Eustochium la charmèrent tout d'abord ; elle voulut

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