LIVRE PREMIER
médiocres, répondait-elle, mais ils suffiront pour les pauvres et pour moi. — Je suis vieux, reprenait Cérialis, je le sais; mais les vieillards peuvent vivre longtemps et les jeunes gens mourir vite : vous en avez la triste expérience. — Assurément, répliquait-elle, les jeunes gens peuvent mourir vite; mais les vieillards ne sauraient vivre longtemps, et si je consentais à me remarier, je chercherais un époux et non pas un héritage. » Cérialis se retira, etMarcella fut universellement blâmée. Le monde criait à la folie, la famille à la captation et aux conseils intéressés des prêtres. Albine, irritée outre mesure, cessa presque de voir sa fille, ou ne la vit plus des mômes yeux. Sentant bien que la cupidité d'un côté, l'orgueil du nom de l'autre, inspiraient cette persécution de ses proches, Marcella tenta de les apaiser en abandonnant une partie de ses biens à des collatéraux qui pouvaient continuer la famille; elle se défit ainsi de ses pierreries et de ses meubles les plus précieux, ne gardant aucun ornement d'or, pas même son cachets Sans dire adieu au monde, elle se condamna dès lors à ne porter ni fard, ni soie, mais la toilette la plus simple, presque toujours de couleur brune. Elle s'ensevelit, suivant le mot d'un contemporain, sous le linceul d'une viduité perpétuelle. Marcella croyait par cette vie modeste échapper aux soupçons méchants, — elle y fut en butte puisqu'une autre; aux calomnies, — elle en fut accablée; il n'y eut pas de conte absurde qu'on ne débitât sur ses mœurs, et elle éprouva de toutes ces injustices le plus poignant chagrin.
Elle prit enfin le parti d'une retraite absolue. Elle acheta ou loua, dans un des faubourgs de Rome, une petite maison entourée d'un jardin spacieux, et fit de