‹ Saint JéromeChapitre 270 sur 387 · LIVRE IX. ;m · texte numérisé non relu

LIVRE IX. ;m

des trésors immenses envoyés de toutes les parties du monde par la dévotion chrétienne, ils avaient pris pour mot de ralliement Jérusalem. « Que le Seigneur Jésus nous sauve! écrivait Jérôme à ses amis d'Occident. Qu'il daigne éloigner de l'univers romain ces bêtes dévorantes, portées sur des chevaux ailés, dont la vitesse dépasse le vol même de la renommée! Ni la religion, ni la dignité, ni l'âge, ne trouvent merci devant eux; le vagissement de l'enfant nouveau-né ne les désarme pas, et ils forcent à mourir celui-là même qui n'a pas commencé de vivre ^ — On se hâte, mais bien tard, de réparer les murs de Jérusalem, que l'incurie de la paix laissait tomber en ruines... Que de monastères saccagés, de fleuves rougis de sang, de populations prisonnières, emmenées à coups de fouet, comme du bétail! La Phénicie, l'Arabie, la Palestine, l'Egypte, se croient déjà captives, et ïyi', s'isolant de la terre par un fossé, cherche à redevenir une île comme autrefois. »

Je laisse à penser l'agitation qui, de proche en proche, se fit sentir dans tous les monastères de la Palestine. Jérôme avait à répondre d'un dépôt sacré : les trois couvents de Paula menacés d'outrages et de ruine par d'affreux barbares. Sans perdre un moment, il courut, sur la côte de la Méditerranée, se procurer à tout prix un nombre de navires suffisant pour recevoir cette population tremblante, et celle de ses propres moines. Il voulait les mettre à l'abri dans les îles voisines de la Syrie, probablement à Chypre, sous la protection de son ami, l'évêque de Salamine. Quand tout fut prêt, il ras-

1. Avertat Jésus ab orbe romano taies ultra bestias... Examina pernicibus equis, hue illuc volitantia... Insperati ubique aderant, famain celeritate vincentes. Hieron., Ep. 84.

sembla son troupeau et vint s'établir, dans une sorte de campement, sur le rivage, prêt à s'embarquer à la première nouvelle de Fennemi. Pour comble d'inquiétude, la mer devint mauvaise et le vent violent. « Toutefois, nous dit-il, je craignais moins le naufrage que les barbares, et, dans les barbares, notre perte à tous que le déshonneur de nos vierges^ » L'ennemi ne parut pas-, soit crainte, soit caprice, il changea tout à coup de direction : les escadrons ailés retournèrent sur leurs pas, avant d'avoir franchi le Liban. Jérôme et Paula reprirent alors le chemin de Bethléem, mais Fabiola refusa de les suivre : elle avait assez d'une solitude que de pareils incidents pouvaient de nouveau troubler, et, disant adieu à ses amis, elle s'embarqua pour l'Italie avec Oceanus. Jérôme trouva au monastère la lettre du prêtre Amandus, qu'une main discrète y avait remise, et il apprit par elle le second des motifs qui avaient amené la fille des Fabius dans ce petit coin de la Palestine.

La lettre d' Amandus roulait dans son contenu sur certains points de dogme ou d'exégèse biblique dont ce prêtre demandait la solution à Jérôme. Mais un petit billet, d'une autre écriture vraisemblablement, était renfermé dans le papier, et le petit billet portait ces mots : « Lai demander si une femme qui a quitté son mari pour cause d'adultère et d'autres crimes encore, et qui en a pris un second par violence, peut rester dans la communion de l'Église du vivant du premier-. » Amaiulus

1. Saevientibus ventis, magis barbares nietuere quam naufragium, non tam propriae saluti quam virginum castimoniae providentes. Hieron., Ep. 84.

2. Quaei»endum ab eo, id est a nie, utrum mulier, relicto viro adultère, et alio ver vim accepte, possit, absque pœnitentia, communicare Ecclesue, vivente adhuc eo quem prius reliquerat. Hieron., Ep. ad AmancL, t. IV, pars prima.

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