LIVRE IX. 3i;i
l'évêque de Rome qu'elle se sentait coupable d'un grand crime, et désirait être admise à la pénitence publique.
Les portes de l'église lui furent aussitôt fermées, jusqu'à ce que sa confession, suivie d'une absolution solennelle, permît à l'évêque de l'y faire rentrer. C'était le samedi saint, sous les portiques de la basilique de Latran, que se rassemblaient les pénitents de l'Église romaine, attendant l'heure de la réconciliation et du pardon. Fabiola parut au milieu d'eux, les cheveux épars, le visage délait et creusé de larmes', le vêtement négligé et souillé de cendres. Elle se tint en silence, comme les autres, au delà du seuil, dans l'attitude d'une profonde humilité. Toute la ville était accourue pour voir en cet état la matrone naguère si éclatante de luxe, si brillante de beauté, et si fière du nom qu'elle foulait maintenant sous ses pieds. Le patriciat romain contenait à peine sa colère; les chrétiens applaudissaient, l'Église surtout triomphait. Elle constatait sa puissance jusque sur les lois, car le crime dont s'accusait Fabiola était un acte licite d'après la législation de son pays. L'Église montrait par de tels exemples comment un droit nouveau sorti de son sein se portait déjà le rival et le réformateur du droit civile
De ces épreuves sortit une nouvelle Fabiola, dans laquelle on ne reconnaissait plus rien de l'ancienne, excepté la bonté. Renonçant sérieusement au monde, celle-ci vendit tout son bien, établit des hôpitaux, entretint des églises et des monastères de moines ou de vierges à Rome, et principalement sur la côte de Tos-
1. Sparsum crinem, ora lurida, et squalidas manus, sordida colla, submittens... Hieron., Ep. 84.