‹ Saint JéromeChapitre 275 sur 387 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

qiianles erreurs, sans néanmoins les l'aire disparaître toutes, il y glissa même quelques additions ortliodoxes^ ; en un mot, il donna, au lieu d'un Origène du in« siècle encore incertain et confus, un Origène à peu près catholique de la fin du iv^ siècle. « Traduire ainsi était, suivant le mot de Jérôme, non pas changer la langue d'un livje, mais en changer Fauteur-. » Rufin atteignait par là un double but : il réhabilitait Origène en se réhabilitant lui-même aux yeux des Occidentaux. Fidèle à sa tactique vis-à-vis de Jérôme, il joignit à sa traduction une préface, par laquelle il la mettait en quelque sorte sous le patronage du célèbre solitaire, dont il ne manquait pas d'exalter le mérite •\ laissant à penser que lui aussi partageait les doctrines du livre des Principes. Il avait fait à Macarius la condition de tenir son travail caché; mais, comme il s'y alieudmthien, \e Pèriarcliôn latin et sa préface se trouvèrent presque aussitôt dans toutes les mains. La surprise fut grande en voyant l'orthodoxie du livre le plus attaqué du docteur d'Alexandrie; on s'étonna à bon droit des violences d'Épiphane, des contradictions de Jérôme et des anathèmes tardifs de Théophile : Rulin du même coup frappait tous ses adversaires.

Une copie de ce Pèrlarchôn latin, tombée en la possession d'un ami de Jérôme, qui ne l'eut qu'à prix d'argent et en la payant même fort cher, lui fut envoyée à

1. Ruf., Apol. Pamphil. vro Orig., ap. Hieron., t. V. — Prolog, in Periardi., Hieron., t. V.

2. Mutare quippiam de Grteco non est vertentis, sed evertentis. Hieron., Ep. 42.

3. Nos ergo rem ab illo (Hieronymo) quidem cœptam sequimur et probatam, sed non sequis eloquentiae viribus tanti viri ornare possumus dicta. Ruf., Prolog, in Periarch., ap. Hieron.

Bethléem. Pour toute justification de sa conduite, pour toute démonstration de la fraude impudente de Rufln, il prit rQiiginal, et, toute affaire cessante, il le traduisit mot pour mot, hérésie pour hérésie, blasphème pour blasphème, comme il disait, et la traduction, fidèle cette fois, partit pour l'Italie, accompagnée d'une lettre à Pammachius et à Marcella, où Jérôme repoussait avec indignation les éloges empoisonnés de P»ufln^ L'Origène qu'on vit apparaître alors était si différent de l'autre, que l'Église romaine, tout en remerciant le traducteur, crut devoir en interdire la lecture, et, grâce à cette suppression prudente, le livre ne nous est malheureusement point parvenu, non plus qu'une préface qui s'y trouvait jointe; mais déjà Rufln avait quitté Rome. Profitant de l'effet favorable produit au premier moment par sa traduction, qui lui servait de profession de foi pour luimême, il avait obtenu du pape Siricius des lettres de communion, avec lesquelles il s'était réfugié à iMilan, pour observer à distance la marche des événements.

Oceanus, rentré en Italie avec Fabiola, Paulinien, qui revenait de Dalmatie, où il avait vendu le dernier lambeau du patrimoine de sa famille, et le prêtre Vincentius , qui l'accompagnait, se joignirent à Pammachius, à Marcella, à toutes les matrones de l'Église domestique, pour engager le pape à rétracter le certificat d'orthodoxie que lui avait surpris Rufin. Siricius hésitait, et il mourut sur ces entrefaites, au mois de novembre 398, laissant pour son successeur au trône pontifical Anastase, homme plus énergique, mieux au courant des questions doctrinales, et en relations plus particulières avec Marcella, dont il estimait le mérite et

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