LIVRE IX
Origèiie que tu l'aies loué, il ne te servira pas davantage que je te justifie : je courberai la tête sous l'arrêt de l'Église, et s'il faut fouler aux pieds les livres d'Origène, je n'épargnerai pas les tiens ^ »
Le savoir-faire de Rufin égalait l'habileté de sa plume. Il mit d'abord son Apologie sous la protection d'un haut personnage de Rome, Apronianus, dont il avait commencé la conversion, et qu'il appelle son très-cher fils-. De sa campagne d'Aquilée, il lui envoyait le libelle fragment par fragment : Apronianus le lisait ou le faisait lire dans toutes les grandes maisons de Rome, sans permettre toutefois qu'on en prît copie. Il en résultait que les amis de Jérôme ne purent d'abord lui en transmettre au delà des mers que des analyses incertaines, et quelques rares passages retenus de mémoire. C'étaient autant de flèches que recevait au fond de sa tanière le vieux lion, plus effrayé de ce mystère que de la vue de l'ennemi. Deux diacres ou disciples de Rufin, Gérialis et Anabase, suivaient dans les provinces la même pratique qu' Apronianus à Rome : ils parcoururent fltalie, la Gaule, l'Espagne et jusqu'à l'Afrique, d'Église en Église et de monastère en monastère, communiquant confidentiellement cette apologie secrète, que bientôt tout le monde sut par cœur^
La diffamation était universelle : am«is et ennemis y travaillaient à l'envi, en répétant à bonne ou mauvaise intention ce qu'ils en avaient appris, et on venait, par
i. Veniatur ad tuos libros, invenientur eadem continere secundum sententiam tuam, necesse est ut cum suo auctore damnentur. Et sicut nihil profuit Origcni, quod a te laadatus est; ita nec tibi proderit, quod a me excusatus es. Uuf., Apol., m, ap. Hieron.