Hieron., Ep. 5G
3S8 SAINT JEUOME.
avait dédié son Apologie. Apronianus, dont la conversion, comme je l'ai dit, avait été commencée par le prêtre d'Aquilée, portait encore en ce temps la robe des catéchumènes. Sa dévotion était sincère, ainsi que celle de sa femme et de sa fille, qu'il aimait tendrement. Tous trois écoutaient, à l'égal d'un docteur de l'Église, cette Mélanie qui avait vécu près des plus grands docteurs, et visité les plus grands solitaires ; mais ils l'écoutèrent trop. Elle leur prêcha tant et si bien les délices de la vie monastique, que, lorsqu'elle quitta Rome, Apronianus et sa femme vivaient séparés et que leur fille était dans un cloître.
Le monde traversait alors une des plus sombres époques auxquelles la Providence l'eût encore réservé. Jamais la vie humaine n'avait été si précaire. La société politique n'attendait plus de lendemain. Chaque instant voyait tomber quelque morceau de l'édifice que la vertu romaine ^ avait mis dix siècles à construire, et qu'elle s'était plu à croire éternel. Les attaques des barbares de toute race, Germains, Sarmates, Huns, Saxons, Éthiopiens, Numides, sur toute la circonférence de l'Empire, étaient devenues journalières, ou plutôt il n'y en avait plus qu'une seule, générale, incessante. C'était maintenant vers l'Italie et Rome, cœur du monde romain, que la barbarie concentrait ses forces les plus irrésistibles. En 401, Alaric avait pénétré jusque dans la Vénétie ; en ù02, il était maître des rives du Pô et marchait sur Rome, quand Stilicon le vainquit à Pollentia. En 406, Rhadaghaise arrivait plus près : c'est à Fésules,
1. Virtus Romana, virtus Bomanorum. On peut consulter sur les faits de cette époque le volume intitulé Alaric dans mes Récits de l'Histoire romaine au v« siècle. Ils y sont exposés en grand détail.