‹ Saint JéromeChapitre 302 sur 387 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

du monde, elle suhait de l'œil la raine de l'Empire, et, le livre de l'Apocalypse à la main, elle en marquait les degrés. Abîmée dans la contemplation des desseins de Dieu et insensible aux souffrances des hommes, cette sibylle des temps chrétiens s'éteignit au milieu de son travail, quarante jours environ après son retour dans la Ville sainte.

Tandis que ces événements se passaient à Rome, de grandes douleurs envahissaient les monastères de Bethléem; et les intrigues de Mélanie, la nouvelle défaite de Rufin, le nouveau triomphe de Jérôme, trouvaient à peine une place au milieu de préoccupations plus poignantes. La mort semblait s'acharner sur la famille de Paula, où les catastrophes se succédaient avec la plus effrayante rapidité. La tomhe s'était à peine fermée sur Pauline, que Rufina y descendait à son tour. C'était cette jeune fille, non encore nubile au départ de Paula, qui, debout sur le rivage, tandis que le navire s'éloignait, semblait envoyer ce reproche à sa mère à travers les flots : u Attends au moins que je sois mariée! » Paula fut plus sensible à cette mort qu'elle ne l'avait été à toutes les autres : « Sa pieuse âme, nous dit Jérôme, en resta consternée ^ » Ces chagrins, joints à des indispositions répétées et à des excès de jeûne, ruinèrent sa santé, et vers la fin de Tannée /|03, elle prit le lit pour ne le plus quitter.

1. Immaturo funere Rufina pi uni matris animum consteniavit. Hiernn.. Ep. 86.

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Sa maladie fut longue et douloureuse ; la fièvre, qu'aucun remède ne put dompter, consuma ses forces jusqu'au bout. Durant tout ce temps, Eustochium montra quels trésors de tendresse et de sollicilude renfermait ce cœur que dirigeait une si austère raison. Elle semblait avoir pris domicile au chevet de sa mère; elle la gardait d'un œil jaloux, tantôt soutenant sur des coussins sa tête vacillante, tantôt renouvelant l'air autour d'elle avec un éventail, tantôt réchauffant ses pieds qu'un froid sinistre gagnait peu à peu. C'était elle qui faisait tiédir l'eau que Paula devait boire, qui lui présentait sa nourriture, qui faisait son lit, et nulle autre qu'elle n'avait le droit de la servir. La malade s'endormait-elle quelques instants, Eustochium, courait à la Crèche du Sauveur, mêlant les remèdes du ciel à ceux de la terre, et suppliant Dieu avec larmes de la faire partir la première.

Cependant le mal marchait toujours; les extrémités de la malade devinrent glacées, la vie s'était refoulée au cœur. Paula comprit que sa fin approchait, et, avec la joie calme d'un voyageur qui est sûr de rentrer au gîte, elle se mita réciter ces versets du Psalmiste : « Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison et le lieu où habite votre gloire. — Que vos tabernacles sont aimables, ô Seigneur des vertus! Mon àme les désire et défaille à leur aspect. — J'ai voulu vivre pauvre et méprisée dans la maison de mon Dieu, plutôt que d'être riche au domicile desmécliants. » Lorsqu'elle avait fini le dernier verset, elle reprenait le premier. On lui fit quelques questions auxquelles elle ne répondit pas. Jérôme alors, s'ap[)rochant de son lit, lui demanda avec douceur pour- (juoi elle se taisait et si elle soutirait. « Non, lui dit Paula en langue grecque, je ne soulfre pas; j'entrevois

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