‹ Saint JéromeChapitre 305 sur 387 · LIVRE \ . ÎOI · texte numérisé non relu

LIVRE \ . ÎOI

ne trouveras donc ici qu'un discours inculte, sans élégance, sans choix d'expression, mais tu y trouveras la pensée et le cœur de celui qui l'a fait*...

« Jésus m'est témoin, ajoute Jérôme en terminant, que Paula n'a pas laissé à sa fille un seul écu, mais qu'elle lui a laissé beaucoup de dettes, et, ce qui est plus lourd que des dettes, un peuple de frères et de sœurs qu'il est bien difficile de nourrir, qu'il serait impie de renvoyer. Est-il un spectacle de vertu comparable à celui-ci? Une femme de la plus noble famille, de la plus grande opulence, tellement dépouillée par sa foi et sa charité, qu'elle meurt dans un degré de misère extrême ! Que d'autres se vantent de l'argent et du bronze qu'ils accumulent dans le trésor de Dieu; qu'ils étalent; aux voûtes des églises leurs dons votifs pendant à des chaînes d'or : personne n'a plus donné aux pauvres que celle qui ne s'est rien réservé. Sois tranquille, Eustochium, te voilà riche du plus grand des héritages, le Seigneur est ton lot, et, pour compléter ton opulence, ta mère vient d'être couronnée par un long martyre ; car ne crois pas que l'effusion du sang soit le seul caractère de la confession : on confesse aussi le Seigneur par la servitude immaculée de son âme, par le martyre quotidien du dévouement. Si la confession sanglante a sa couronne tressée de roses et de violettes, le lis est pour la confession du cœur. Les deux couronnes, celle de la paix et celle du combat, sont également admises dans le concours des récompenses célestes. Ta mère a entendu

1. Hune tibi librum ad duas lucubratiunculas, eodemque, quem-tu sustines dolore, dictavi. Nam quotiescumque stylum figere volui, et opus exarare promissum, obriguerunt digiti, cecidit manus, sensus «languit, unde et inculta oratio, vota scribentis absque ulla elegantia testatur. Hieron., Ep. 8(3.

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la voix qui disait à Abraham : <( Sors de ton pays et de (( ta famille. » Elle a entendu cet autre cri poussé par la bouche du prophète : « Fuyez du milieu de Babylone (( et sauvez vos âmes! » Elle est partie; elle n'a point regardé derrière elle; elle n'a point regretté les délices de l'Egypte, et son pied n'a pas touché de nouveau la Chaldée. Escortée d'un chœur de vierges, elle est venue se faire, près de cette étable, la compatriote du Sauveur.

« 0 Paula, adieu ! Soutiens par tes prières la vieillesse défaillante de celui qui te vénère et qui t'aime. Associée au Christ par le mérite de la foi et des œuvres, et présente au tribunal du juge, plaide pour moi : ta voix sera plus puissante là-haut qu'elle n'aurait pu l'être ici-bas! » Puis, en proie à une de ces réminiscences classiques qui s'agitaient tumultueusement dans sa mémoire, mêlées au langage des prophètes, et qui le ressaisissaient aux moments de grande émotion, il s'écrie, avec la conscience de sa gloire : « J'ai achevé un monument plus durable que l'airain, une œuvre que le temps ne détruira point. J'ai écrit ces pages pour toi, et j'ai gravé ton éloge sur ton sépulcre, afin que, en quelque lieu que parvienne ce livre, on sache que tu as été louée à Bethléem, et que ta cendre repose à Bethléem^ »

Il prit ensuite les dernières dispositions pour la demeure mortuaire de Paula. La chambre sépulcrale qui devait contenir le tombeau fut taillée dans le roc vif, tout près de la grotte où il avait placé son lieu favori de méditation et de travail. Elle s'ouvrait sur une galerie naturelle conduisant de cette grotte à la crypte de la

1. Exegi monumentum asrc perenniiis, quod nulla possit destruere vetustas; ut quocumque noster sermo pervenerit, te laudatam, te in Bethléem conditain lector agnoscat. Hieron., Ep. 8(5.

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