‹ Saint JéromeChapitre 316 sur 387 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

nouveau avec vous, dans le royaume de mon père. » N'est-ce pas là, demandait la savante Gauloise, une annonce du règne de mille ans? Jérôme la dissuade, car il condamnait les mille^naires avec toute l'Église catholique; et avec cette Église encore, il assigne aux paroles du Christ un sens mystique, en les rapportant au sacrement de l'eucharistie^

Hébidie ne figurait pas seule dans la volumineuse correspondance confiée au prêtre Apodémius; Algasie, autre matrone gauloise, avait aussi voulu, à l'instar de la reine de Saba, « consulter la sagesse aux extrémités de funivers, » et le prêtre apportait de sa part une seconde série de questions pour Jérôme. Dans le nombre se trouvait celle-ci. — A quels événements convient-il d'appliquer les terribles paroles de FÉvangile : « Malheur à celles qui allaiteront ou enfanteront dans ces jours-là ! Priez que votre fuite ne se fasse pas en hiver et au jour du sabbat-? » A la demande inquiète de cette Gauloise, ne dirait-on pas un premier frémissement des convulsions de sa patrie? Cette lettre était écrite à la veille d'une irruption de barbares, avant-garde de celle des Huns.

Lors de la lettre suivante, le doute est levé : la sinistre prédiction s'est accomplie. Les Vandales, les Suèves, les Alains occupent la moitié des Gaules; les Burgondes et les Francs menacent le reste; et les dames gauloises, dispersées comme une troupe d'oiseaux effrayés, se sauvent les unes en Italie, les autres au delà

i. Hieron., Quœst. Hebid.

2. Quid vult significare quod in Matthaeo scriptuni est : « Vse prae-gnantibus et nutrientibus in illis diebus!... Orate ne fiât fuga vestra hyeme vel sabbaio. » Hieron., Quœst. Algas., 4.

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de la mer. Parmi ces dernières, Artémie, trouvant un navire à sa portée, s'y jeta pour gagner la Palestine, où un asile lui fut ouvert dans le couvent d'Eustochiuni. Cette dame était belle, encore jeune, et ses aventures ofî'raient quelque chose d'étrange. Mariée de bonne heure à un homme qu'elle aimait, elle s'était bientôt retirée de lui, dans un accès de ferveur ascétique, sans dissoudre pourtant leur union. Le mari, qui l'aimait également, n'avait consenti à la séparation qu'avec peine et après de longs débats; puis, repoussé dans un amour légitime, il s'était alors plongé dans des dissipations qui ne l'étaient pas^

Sur ces entrefaites arriva le pillage de leur t)ays. Artémie voulut fuir, le mari voulut rester; il devait rester, disait-il, pour vendre les débris de leur patrimoine, et n'éprouvait aucune hâte d'aller mourir de faim en Terre-Sainte. Artémie fut donc seule à partir, et son mari l'oublia bientôt. Ses lettres restèrent sans réponse; les instances de ses amis n'eurent pas plus de succès. Hébidie, qui était sa proche parente, écrivit alors à Jérôme pour qu'il les aidât à ramener cet époux infidèle. Jérôme trouva l'affaire délicate. Ce qui le choquait le plus, il faut bien le dire, ce n'était pas une rupture de mariage qui avait pour effet l'entrée d'un des conjoints dans la vie religieuse; c'était la violation d'un vœu de continence mutuelle, car il ne soupçonnait que trop la conduite de l'aulre. Il écrivit donc au mari, qui se nommait, à ce qu'on croit, Rusticus, l'engageant à venir rejoindre sa femme en Palestine ou à laire pénitence : on ne sait si la pénitence se lit, mais lUisticus ne parut point à Bethléem.

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