‹ Saint JéromeChapitre 317 sur 387 · I.IVKE XI · texte numérisé non relu

I.IVKE XI

Les désastres publics développaient, avec l'incertitude de la vie, une passion de jouissances fiévreuses, précipitées, qui n'épargnait pas plus le chrétien que le païen ou l'incrédule. Si les décurions épicuriens de la cité de Trêves attendaient l'assaut de leur ville, à table et couronnés de roses, pour le cynique plaisir d'être égorgés au milieu des coupes S l'Église offrait des spectacles tout aussi lamentables. On voyait des chrétiens, jusqu'alors honnêtes, rompre subitement tout devoir, toute règle, et vouloir, comme des insensés, goûter au moins le mal avant de périr. Une veuve et sa fille demeuraient ensemble dans une ville de la Narbonnaise, et n'avaient jamais donné que de bons exemples. La mère tout à coup, foulant aux pieds ses pratiques de veuvage, prend les allures d'une coquette surannée, court les réunions, les bains, les théâtres, provoquant les jeunes gens par ses airs; elle installe même chez elle un ecclésiastique qu'elle veut faire passer pour son intendant, mais que le public qualifie d'un autre titre. Sous le prétexte d'échapper à ces scandales, la fille, qui avait fait vœu de virginité comme la mère de viduité, quitte la maison maternelle et s'enfuit avec un jeune lecteur de leur Église. Elle avait un frère moine dans un des couvents de la province. Vainement essaya-t-il de ramener sa sœur et sa mère à une meilleure conduite; lasses de ses sermons, toutes deux le mirent à la porte. Le pauvre moine ne s'imagina-t-il pas qu'un seul homme sur la terre était capable d'amener à résipiscence des natures aussi perverties, et que cet homme était

I. Ludebant, ebriabantur, enecabaritur, lasôiviebant in conviviis,... ut ne tune quidem surgerent, quum jam hostis urbem intraret. Salvian., de Gub. Dei, 1. vi, p. 140. Ed. Paris, in-8°, 168i.

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Jérôme! 11 passa la mer et s'en vint à Belhléem, où il toucha Jérôme par ses larmes. Moins confiant que lui et connaissant trop bien Tendurcissement des mauvaises habitudes, le grand justicier des mœurs consentit à intervenir, mais sans se flatter du succès. Nous avons encore l'exhortation qu'il adressa en commun à la fille et à la mère. Après avoir conseillé aux deux pécheresses le repentir et Tamendement, il leur propose, si leur perte est irrévocable, un moyen terme assez bizarre : c'est que chacune épouse son clerc S le scandale d'un tel mariage devant être moindre pour l'Église que celui de leur vie désordonnée.

Ces curieuses lettres nous font voir, à l'extrémité opposée de l'échelle morale, un homme du monde, nommé Julianus, tombé, sous le poids du malheur public, dans un état de prostration tel qu'aucune douleur n'a plus prise sur lui. Sa résignation chrétienne est effrayante; c'est la mort lente et anticipée du cœur, et cependant ce cœur est noble, élevé, charitable. Julianus perd coup sur coup deux filles, Tune de huit ans, l'autre de six, et les conduit au tombeau sans verser une larme. Quarante jours après, quand toute la ville portait encore le deuil par considération et pilié pour lui, on le voit paraître en habit de fête : il courait à la dédicace d'une église que l'on enrichissait des os d'un martyr. Il lui restait pour consolation en ce monde une femme chaste et fidèle, plutôt sa sœur que son épouse : un mal imprévu l'enlève en quelques heures, et Julianus l'accompagne à sa dernière demeure, avec la même sérénité

1. Gur non ])alam nubis? Secundu pobL naufi'a;j,iuni tabula est, quod maie cœperis, sallem hoc remédie temperare... revertatur cuni viro quae bola exierat. Hieron., Ep. 8U.

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