LIVRE XI
naissant, les plus grandes difficultés ; et ces difficultés ne furent guère moindres au dedans, de la part des pharisiens convertis, qu'au dehors, de la part des pharisiens persécuteurs. C'est donc l'esprit pharisaïque, dont le formahsme s'étendait au besoin à presque tout le peuple juif, que combattit l'apôtre Paul, ancien pharisien, qui connaissait le danger de sa secte, et, par une réaction naturelle, se fit le docteur des gentils. Pierre éprouva le premier combien ces liens de la nouvelle aUiance avec l'ancienne, si nécessaires qu'ils fussent, entravaient la propagation de l'Évangile. Lorsque, au début de son apostolat, il se rendit à Joppé, puis de Joppé à Césarée, sur la demande de Corneille, centurion de la légion italique, afin d'y baptiser ce Romain et sa famille, qui étaient tous gentils, il eut besoin de se justifier près de l'Église de Jérusalem, composée de Juifs. Pour couvrir cet acte de liberté évangélique il invoqua l'autorité d'une mission spéciale de Dieu : professant d'abord publiquement cette doctrine, que l'Évangile appartenait aux gentils comme aux Juifs, et devait leur être prêché sans distinction K C'est encore à une révélation spéciale que dut recourir l'ancien persécuteur Saul, devenu le chrétien Paul, pour motiver le rôle d'apôtre des gentils qu'il s'attribua et que les autres apôtres lui confirmèrent, comme ils confièrent à Pierre celui d'apôtre des Juifs. Toutefois la séparation de ces deux apostolats, attachés à deux propagandes diverses, fut plus nominale que réelle.
Si Pierre gentilisa, en communiquant avec le centurion Corneille et sa famille sur lesquels il fit descendre le Saint-Esprit, Paul au besoin judaïsait pour l'utilité