LIVRE XI
naissant la liberté qui en était l'âme. La liberté régnait, il est vrai, au sein des Églises des gentils, mais incertaine et soupçonnée. Vainement, dans une noble vue de progrès et sur la provocation de Paul, les apôtres, réunis en concile à Jérusalem, décidèrent que les fidèles devaient s'abstenir de la fornication, de l'usage des chairs étouffées et du sang, ainsi que des viandes offertes aux idoles, bornant à ces trois prescriptions l'obligation des observances; vainement l'évêque de cette Église, Jacques, frère de Jésus, appuya d'une lettre épiscopale la décision du concile : les Églises judaïsantes n'obéirent pas^ Il y eut des révoltes ou des menaces partout où les chrétiens circoncis se trouvaient fortifiés par le voisinage des synagogues. Dans l'Asie iMineure et la Syrie, où les communautés de Juifs convertis étaient nombreuses, une grande fermentation se fit sentir, sous l'incitation des fidèles de Jérusalem. La Galatie, théâtre des nombreuses conquêtes de Paul, éprouva de si violentes agitations, que l'œuvre de l'apôtre des gentils en parut ébranlée : lui-même nous confesse ses vives appréhensions dans son épître aux Galates,
Sur ces entrefaites, Pierre fut amené par les besoins de sa prédication dans la ville d'Antioche, où Paul avait fondé, d'éléments grecs et syriens, une Église assez florissante. Il se réunit à son coapôtre et communiqua sans scrupule avec ces gentils, pria, mangea avec eux. A quelque temps de là survinrent des circoncis de FÉglise de Jérusalem : ils se scandalisèrent, et Pierre quitta secrètement les gentils pour aller vivre avec eux : les autres Juifs en firent autant, et se séparèrent des incirconcis. Alors arriva la scène que Paul expose à ses dis-