LIVRE XI
néoplatoniciens qui livraient une guerre perfide au christianisme en se servant de ses propres livres, le philosophe Porphyre, réveilla le souvenir de cette lutte, et s'en arma contre saint Paul. Il présenta l'apostolat comme divisé en deux camps rivaux l'un de l'autre, armés l'un contre l'autre : Paul ennemi de Pierre, jaloux de son autorité, en révolte contre la suprématie établie par le Christ lui-même ; hautain, arrogant jusqu'à Vimpude)ice — ce sont les expressions du philosophes — (( car, ajoutait-il, Paul, dans sa remontrance d'Antioche, ne rougissait pas de reprocher à son chef de judaïser, quand il judaïsait lui-môme. » — Cette insulte brutale au grand apôtre de l'Asie grecque mit en émoi toutes les communautés chrétiennes de ces provinces. On sentit la nécessité d'y répondre, en vue non-seulement des agresseurs païens, mais aussi des ÉgUses judaïsantes, sorties des hérésies primitives et dont plusieurs subsistaient encore sur les confins de l'Arabie. Pour ce double besoin, le catholicisme réclamait une réfutation complète, énergique : le grand Origène s'en chargea.
Il consulta les traditions encore vivantes autour du berceau de la foi, surtout celles de l'Église d'Antioche, où la dispute s'était passée, et voici quelle fut sa réponse aux imputations de Porphyre. — « La scène d'Antioche évidemment avait été concertée entre Pierre, mécontent de la tyrannie que prétendaient exercer sur lui les circoncis de Jérusalem, et Paul, non moins mécontent de voir infirmer ce qu'il appelait a son Évangile » et démembrer son troupeau. Paul en effet, qui avait judaïsé tant de fois « par peur des Juifs, n au vu et su des gen-
1. Intrépide fecisse injuriam prœcessori. Hieron., Comm. Paul. Ep. ad Galaf. — Procacitas, inipudentia. Hieron., Ep. ad August., pass.
tils; qui avait même soumis des gentils, ses disciples, aux prescriptions mosaïques, ne pouvait accuser sérieusement son coapôlre et son supérieur de judaïser « par peur de blesser les Juifs : » une pareille inconséquence eût été trop aisément confondue. Mais il y avait une leçon publique à donner aux judaïsants dont l'intolérance interrompait à tout propos le développement du christianisme par les voies de la liberté, et cette leçon, les deux apôtres s'entendirent pour la donner. Pierre, docteur des Juifs, reconnut dans une scène convenue, sorte de parabole orientale, que l'apôtre des gentils avait raison dans ses plaintes ; et cette soumission de l'apôtre qui représentait essentiellement l'élément hébreu dut être d'un grand poids près des circoncis comme près des autres. L'apparente contestation d'Antioche n'avait donc point été une révolte du subordonné contre son chef, encore moins un acte effronté .de Paul, comme osait bien le dire Porphyre : c'était tout au contraire un acte de conduite prudente, exigé par les nécessités de l'Église. Le silence de l'historien des apôtres démontrait en outre que le lait comme il s'était passé n'avait rien eu ni d'anormal ni de grave. »
Origène développait cette thèse à l'aide de son immense savoir, et non-seulement il y consacra un ouvrage spécial, mais il la traita de nouveau dans le dixième livre de ses Stromaies. Elle fut adoptée par les plus grands docteurs de l'Orient : Didyme l'enseigna dans l'école d'Alexandrie, ApoUinaris à Laodicée, Eusèbe à Émèse, d'autres encore en d'autres lieux ^ Jean Chrysostome enfin, nourri des souvenirs de l'Église d'Antioche et lui-même la plus haute personnification de