‹ Saint JéromeChapitre 345 sur 387 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

répondre, quelle réprimande plus dure encore il aurait pu adresser à Paul qui avait circoncis son disciple Timothée, gentil, fils de gentil ; qui avait accompli devant ses deux disciples Aquilas et Priscilla, dans le port de Cenkhrée, le vœu mystérieux des Nazaréens; qui enfin, dans Jérusalem, avait soumis ses disciples aux purifications du temple et aux rites légaux des sacrifices! Il n'y avait pas là seulement exhortation par l'exemple, il y avait obligation directe, imposée à des incirconcis.

« Souffrez, grand apôtre, ajoutait-il dans une sorte de prosopopée, vous qui accusiez Pierre de dissimulation, et qui le blâmiez de s'être séparé des gentils, de peur de blesser les Juifs appartenant à TÉglise de Jacques, souffrez que je vous demande pourquoi, convaincu que vous étiez de l'inutilité de la loi, vous avez circoncis Timothée, qui n'était point Juif de naissance ? — C'était, me direz-vous, à cause des Juifs qui se trouvaient dans ces contrées. — iMais si la crainte de les scandaliser vous a porté à circoncire votre disciple qui avait quitté les gentils pour croire en Jésus, ne trouvez pas mauvais que Pierre, votre chef et votre précurseur, en ait usé de môme pour ne point blesser les circoncis qui avaient embrassé la foi.

(( Souffrez encore que je vous demande pourquoi vous aviez fait le vœu de laisser croître vos cheveux, et pourquoi vous les fîtes ensuite couper à Cenkhrée, comme la loi de Moïse l'ordonnait aux Nazaréens ^ consacrés; pourquoi vous vous êtes fait une religion d'aller nu-pieds ; pourquoi, dans l'intention de montrer aux

1. Esto ibi timoré Judaeorum compulsus sit facere quod nolebat, quare comam nutrivit ex voto; et postea eam in Cenchreis totondit ex lege, quod Nazarsei qui se Deo voverint, juxta prseceptum Moysi facere consueverunt? Hieron., Ep. 74.

Juifs que vous n'aviez point renié la loi, vous avez pris avec vous quatre hommes liés par un vœu, et vous les avez conduits se purifier au temple, leur faisant raser la tête, vous purifiant avec eux et payant de vos propres deniers les frais de la cérémonie. — Je l'ai fait, me répondrez-vous, de peur de scandaliser nos frères sortis du judaïsme. — Oui, ainsi que vous l'avez écrit vousmême, vous avez feint d'être Juif pour gagner les Juifs ; et vous n'en avez usé de la sorte que par le conseil de Jacques et des anciens de sa communauté. Vous aviez raison, et cependant ces précautions ne vous ont point sauvé. Elles n'ont point empêché qu'une sédition ne s'élevât contre vous, et vous eussiez infailliblement perdu la vie si un tribun, vous arrachant aux mains des séditieux, ne vous eût transféré sous bonne escorte à Césarée, car les Juifs, qui croyaient voir en vous un fourbe et un destructeur de la loi, avaient soif de votre sang. De Césarée vous fûtes envoyé à Rome, où vous prêchâtes Jésus-Christ aux Juifs et aux chrétiens, dans une petite maison que vous aviez louée ; puis ce sang que les Juifs n'avaient pu verser, vous l'avez offert à l'épée de Néron, pour rendre un témoignage plus public et plus éclatant à la vérité de votre foi ^ »

Jérôme concluait que dans une affaire aussi imparfaitement connue, où nous n'avons pour tout document que le récit de Paul, dans lequel perce évidemment l'intention de fortifier par un exemple la doctrine de liberté évangélique, base de sa prédication, il ne fallait pas légèrement condamner l'apôtre Pierre ; que l'expli-

1. Atque inde Romam perveniens, in liospitio quod tibi conduxeras, Christum et Judseis et Gentibus praedicasti, et sententia tuaNeronis gladio confirmata est. Hieron., Ep. 74.

Page 1