‹ Saint JéromeChapitre 370 sur 387 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

gouverneur de Césarée protection matérielle et châtiment des coupables. Jean répondit qu'attribuer ce désordre aux moines de son Église, c'était une calomnie, et quelques-uns des frères de Jérôme, ayant protesté, furent jetés en prison. Lui-même, vieux et malade, supporta ce nouvel assaut sans se plaindre. Il y fait allusion en ces termes dans son commentaire de Jérémie, qu'il composait alors : a Quoique Ananie, fils d'Asar, s'oppose à Jérémie, que Sémeïas fasse mettre le prophète aux fers et que le prêtre Sophonie soutienne le mensonge des faux prophètes, tout ce qu'ils peuvent faire, c'est d'enchaîner les prédicateurs de la vérité ; mais la vérité elle-même, ils ne la vaincront jamais * ! » Eustochium et Paula, avec beaucoup de fermeté, adressèrent leurs plaintes au pape Innocent, se gardant de charger personne en particulier, et s'exprimant sur l'évêque Jean de la façon la plus réservée. Leurs lettres, auxquelles Jérôme en joignit une, passèrent à Rome par l'intermédiaire de l'évêque Aurélius de Garthage, et Innocent se servit de la même voie pour y répondre, ce qui indiquerait qu'une surveillance rigoureuse était exercée, soit par l'évêque Jean, soit par le gouverneur de Césarée, sur les relations de Bethléem avec l'Italie, et qu'on y vivait en quelque sorte bloqué. Cependant le pape, informé de divers côtés que Jean de Jérusalem avait prêté la main à ces violences, si Pelage et lui n'en étaient pas les auteurs directs, lui adressa une remontrance qui malheureusement n'arriva qu'après la mort

1. Quamvis Auanias filius Azar repugnet Jeremiae, et Semeias Nehelamites Prophetam mitti jubeat in carcerem; et Sophonias sacerdos in pseudoprophetarum verba conjurct : tamen veritas claudi et ligari potest» vinci non potest. Hieron., Hierem., V, Prœfat.

5U SAlx\T JÉRÔME.

du coupable. 8ous son successeur Praylus, le sort des solitaires s'améliora. Le premier acte du nouveau prélat fut d'interdire à Pelage le séjour de Jérusalem ; toutefois lespélagiens continuèrent à remuer sur plusieurs points de la province, a Gatilina est parti de la ville, écrivait Jérôme ; mais ses complices sont demeurés à Joppé avec Lentulus^ »

Cette odieuse persécution valut à Jérôme et à ses compagnons l'intérêt de tous les cœurs généreux. Quelques personnes, que des préventions avaient éloignées d'eux auparavant^ se rapprochèrent; dans le nombre furent Mélanie et les siens, qui avaient accepté comme un héritage de famille les rancunes de l'implacable aïeule. Méianie^ Pinianus, Albine, s'étaient abstenus jusqu'alors de fréquenter les couvents de Bethléem ; ils y coururent et restèrent les fidèles amis des persécutés. Cette réconciliation apporta dans les tristesses d'Eustochium et de Jérôme plus d'un éclair de joie. Cependant les scènes terribles qu'ils venaient de traverser eurent sur Eustochium un contre-coup funeste ; sa santé, depuis longtemps affaiblie, déclina rapidement, et il fallut enfin se résignera la perdre. On ne sait rien sur ses derniers moments, sinon qu'elle expira le 28 septembre de l'année 418, la seizième depuis la mort de sa mère, et que sa fin fut comme l'approche d'un doux sommeil -. Elle reçut, ainsi que Paula, la sépulture sous la crypte de Bethléem. Son cercueil y fut déposé dans une chambre tumulaire creusée non loin du sépulcre que Jérôme

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