‹ Saint JéromeChapitre 39 sur 387 · Hieron., Ep · texte numérisé non relu

Hieron., Ep

se relevant de toute sa hauteur, elle s'avança, les bras étendus, vers le crucifix, l'œil sec, le sourire sur les lèvres. « Seigneur, s'écria-t-elle, je vous remercie d'avoir brisé tant de liens qui me retenaient loin de vous : je suis libre maintenant de vous servir ^ ! » Cette scène se passait à la campagne, à plusieurs lieues de Rome. Sans perdre un instant, elle envoya tout disposer à la ville pour des obsèques dignes de son rang, fit placer les trois corps dans un même cercueil, et s'achemina avec eux vers le monument de sa maison, tenant son plus jeune fils entre ses bras. Elle fit ainsi son entrée à Rome, et, selon le mot d'un contemporain, « ce fut comme le triomphe de son malheur- . »

La cérémonie terminée, elle annonça son départ pour un long voyage, et, malgré les prières, l'opposition même de sa famille, qui tenta de la retenir, elle en fit rapidement les préparatifs aux approches mêmes de l'hiver^. Quand on lui demandait où elle voulait aller, elle ne répondait pas. Un jour, elle disparut sans qu'on pût la retrouver, et Ton apprit enfin qu'elle s'était embarquée sur un navire en partance pour TÉgypte, laissant son fils unique à Rome, sans avoir rien réglé pour son éducation ni pour sa nourriture. « Dieu le gardera mieux que moi, » avait-elle dit. Il fallut que le préteur urbain, chargé du soin des orpheUns, nommât un tuteur au fils de Mélanie comme à un enfant abandonnée Une grande

1. Lacrymas gutta non fluxit,"stetit immobilis, et ad pedes advoluta Christi, quasi ipsum tenerct, arrisit : « Expeditius, inquit, tibi servitura sum, Domine, quia tanto me onere liberasti. » Hieron., E-p. 22.

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