LIVRE II
colère s'empara de la famille, et l'émotion gagna toute la ville. Ce fut l'occasion d'une polémique ardente où les païens et les clirétiens entrèrent en lutte, du moins les chrétiens exaltés, qui professaient les idées de monacbisme poussées à l'excès. Les païens se plaignaient que, par de telles doctrines precliées aux femmes, on sapât la société par ses bases et on violât les lois sacrées de la nature. Les plus sages chrétiens pensaient comme eux, mais se taisaient; les exaltés se répandaient en apologies pour cette mère dénaturée, qui sacrifiait son enfant à régoïsme de sa dévotion. De part et d'autre, comme il arrive dans toutes les luttes passionnées, on dépassa la limite du vrai et du bon. Tandis que les uns voyaient dans Mélanie une sainte qu'il fallait offrir pour modèle à toutes les femmes \ les autres décriaient ses mœurs, et le nom de Jérôme fat prononcé au milieu des plus graves imputations-. Il est possible que le jeune Dalmate, qui avait embrassé avec ardeur les idées de monachisme,eût été un des conseillers de la chrétienne dans sa fuite; il est probable aussi qu'il se montra après son départ un de ses apologistes les moins mesurés; toutefois la suite prouva que leur liaison n'avait rien eu de criminel. Lui-même protesta à plusieurs reprises que ses sentiments pour Mélanie avaient pu être de l'admiration, mais non de l'amour ^
Aquilée était à cette époque pour les contrées qui enserrent l'Adriatique ce que Venise fut plus tard, une grande métropole maritime et commerciale, où les arts et les lettres savaient noblement se faire une place.
1. Sancta Melania nostri temporis inter Christianos vera nobilitas. Hieron., Ep. 22.