LIVRE II
exposer témérairement « à l'horreur du désert, aux dangers de la faim, aux bêtes, aux démons, à leurs propres inquiétudes surtout, » péril suprême de Tisolement absolue Gessages conseils n'arrêtaient pas toujours des imaginations aventureuses, exaltées par les abstinences, et avides de savourer jusqu'à la lie ce que la solitude offrait de plus émouvant et l'abandon de plus amer. Et qu'on ne croie pas qu'en dehors de ces étranges défis à la nature, la vie monastique fût réprouvée en Orient par les hommes calmes et sensés. Loin de là : on y voyait un moyen de retremper les forces de l'âme, et les plus grands évêques en usèrent à leur profit comme d'un remède salutaire. Il n'y eut pas jusqu'aux païens qui n'approuvassent dans le monachisme le principe de renoncement à soi-même enseigné par leurs sectes philosophiques le plus en crédit : Libanius, l'ami de Julien, a fait l'apologie des moines-. Au reste, un des noms appliqués à la profession monastique en Orient était celui de philosophie, que l'austérité chrétienne acceptait avec orgueil. Je citerai à ce propos le témoignage d'un contemporain, qui a souvent porté dans l'appréciation des choses religieuses un louable esprit d'indépendance et de justice, riiistorien ecclésiastique Sozomène. « Une des choses les plus utiles que Dieu ait transmises aux hommes, nous dit-il, est la
1. Ephrem., Parœnes., 24. — Saint Grégoire de Naziance blâme aussi l'imprudence des trop grandes austérités. Il compare ces ascètes excessifs à des chevaux échappés. « At, o Ghriste, animis illis propitius esto, piis quidem fateor, cœterum non satis consultis ac circumspectis, perindeque affectis, ut equi illi in decursionibus militaribus, qui pernicitate pedumfreti, extra curriculumferuntur, necfrœno ullo coerceri possunt. Greg. Naz., ad Hellen., ap. Baron., ann. 303, 110.