‹ Saint JéromeChapitre 58 sur 387 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

sais le soleil et non mes yeux^ Il me vint, vers le milieu du carême, une fièvre interne qui, trouvant mon corps tout épuisé par le manque de repos, acheva de le consumer. Je me refroidissais peu à peu, seulement ma poitrine gardait un peu de chaleur, et déjà on pensait à m'enlerrer. En ce moment, je fus tout d'un coup ravi en esprit et amené devant le tribunal du Juge. Il en sortait une si grande lumière, et tous ceux qui l'environnaient jetaient un tel éclat que, m' étant prosterné par terre, je n'osais lever les yeux vers lui. On me demanda quelle était ma profession. Je répondis que j'étais chrétien. «Tu mens, «me dit le Juge, tu es cicéronien et nonpasclirétien,car (( où est ton trésor, là est ton cœur-. »

« Ces paroles me fermèrent la bouche. Il ordonna qu'on me fouettât; mais ce châtiment m'était encore moins sensible qu'un vif remords de ma conscience. Je disais en moi-même ce verset du psaume : « Qui vous « rendra gloire dans l'enfer?» Je m'écriai enfinen pleurant: ((Ayez pitié de moi. Seigneur, ayez pitié de moi! » On n'entendait que cette parole au milieu du bruit des coups ^ Enfin ceux qui étaient présents, se jetant aux pieds du Juge, le prièrent de pardonner à ma jeunesse et de me donner le temps de faire pénitence, pour me punir ensuite sévèrement, s'il m'arrivait encore de lire des livres païens. ]\Ioi, pour me tirer de l'extrémité où je

1. Si quando in memet reversas, Prophetas légère cœpissem, sermo horrebat incultus, et quia lumen caecis oculis non videbam, non oculorum putabam culpam esse, sed solis. Hieron., ub. sup.

2. Interrogatus de conditione, christianum me esse respondi : et ille qui praesidebat : « Mentiris, ait, ciceronianus es, non christianus, ubi enim thésaurus tuus, ibi et cor tuum. » Hieron., Ep. 18.

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