LIVRE IL
tisiiie; il vit plus fréquemment Évagre, qui lui apportait des livres et lui procura des scribes pour en prendre copie sous ses yeux; lui-même enfin se mit à compiler des matériaux pour plusieurs ouvrages qu'il rédigea plus tard. Quelques religieux occidentaux, conduits à Chalcide par une vocation semblable à la sienne, et chez qui le goût des lettres n'était pas éteint, se réunissaient à lui de temps à autre pour lire et pour converser. On aime à se figurer, sur cette limite de la terre habitable, cette petite académie de moines, dont les jardins étaient le désert, agitant en face d'une cellule les plus graves questions de la destinée humaine. Ce fut pour Jérôme une époque de douce quiétude qu'il regretta souvent au milieu des traverses de sa vie. Cependant il lui manquait un ami, un ami vrai, un frère dans lequel il pût verser avec assurance toutes les émotions de son cœur, car Évagre \ attentif d'ailleurs à tous ses besoins, n^était point cela pour lui. Il songea d'abord à Rufin. Ce confident de sa jeunesse, après s'être fait ordonner prêtre dans Aquilée, était parti pour l'Egypte; là, il avait rencontré Mélanie, était devenu son compagnon, visitant avec elle les solitudes de Nitrie et de Thèbes : on attendait incessamment leur arrivée à Jérusalem. Voilà ce que Jérôme apprit d'un de ces prêtres qui circulaient d'église en église et de monastère en monastère, colportant les nouvelles et les lettres. Il écrivit donc à Ruûn pour le supplier de venir à Chalcide visiter un ami qui ne l'avait point oublié ; ne recevant point de réponse, il écrivit de nouveau par l'intermédiaire de Florentins, gouverneur de la province, mais sans plus de résultat-.