Hieron., Ep
Sa pensée alors se tourna vers le pacifique et timide Héliodore, qui l'avait si prudemment quitté au moment d'affronter le désert : il espéra le gagner cette fois par une peinture irrésistible des dangers du siècle et des ravissements de cette solitude qu'il avait eu le malheur de fuir. Recueillant ses réminiscences classiques, il composa d'un style très-travaillé uneépître exhortatoire dont l'effet à la fois trompa et dépassa son attente, car Héliodore ne vint pas, mais tout le monde dans les cercles chrétiens sut l'épître par cœur. Fabiola la récitait devant Jérôme lui-même, quinze ans après, à l'ermitage de Bethléem. On voudrait, dans cette déclamation trop empreinte des procédés de l'école, distinguer aujourd'hui les passages qui excitèrent la dévotion des contemporains et Tenthousiasme des pieuses patriciennes de l'Aventin : on n'y trouve guère qu'une ampliffcation outrée sur le principe fondamental de la théorie monastique, à savoir qu'il faut briser tous les liens naturels ou sociaux pour être à Jésus-Christ. C'est la doctrine que Mélanie avait mise hardiment en pratique, et l'on peut croire qu'elle n'était pas sans succès dans nombre de familles romaines, où le contraste des croyances religieuses entretenait des dissensions et de sourdes révoltes. Une école qui prétendait changer de fond en comble les mœurs chrétiennes ne reculait pas non plus devant les sophismes : toutefois elle put s'apercevoir que l'exagération nuisait à son but, et la société fut en droit de reprocher aux nouveaux docteurs de vouloir remplacer un mal par un autre.
« Soldat efféminé, disait Jérôme à Héliodore par allusion à son premier état, que fais-tu sous le toit paternel? Où est le rempart, où est le fossé et l'hivernage sous la