LIVRE II
mourir, c'était assurément le désert de Cbalcide, oasis du silence et de l'oubli : ils y prirent au contraire un redoublement de force parla grossièreté des esprits et l'ardeur excitante du climat. Dans les monastères, dans les cellules, jusque dans la caverne de l'anacborète, on ne s'occupa bientôt plus que de Mélétius et de Paulin, on ne parla plus que d'hypostases ^ Ces solitaires d'Orient, ignorants pour la plupart, ne comprenaient à toutes ces questions qu'une seule chose, la guerre contre l'Occident : ils se mirent donc à persécuter les Occidentaux. Chaque matin, Jérôme voyait sa cellule assiégée par des troupes de moines furieux qui lui demandaient avec menace : « Es-tu pour Mélétius? Es-tu pour Paulin? — Je ne suis ni pour l'un ni pour l'autre, répondait-il ; leurs affaires ne me regardent pas; mais celui qui communique avec l'Église qui m'a baptisé, je communique moimême avec lui-. » Un instant après, commençait un autre interrogatoire toujours accompagné d'insultes et de gestes menaçants : « Confesse les trois hypostases! lui criaient les moines avec une effervescence croissante. — Je ne saurais me servir de ce mot, qui n'est pas dans les Écritures, répliquait-il tranquillement; je reconnais dans la Trinité trois personnes consubstanlielles, vraies, complètes, distinctes, ainsi que l'enseigne mon Église ^ conformément à la foi de Nicée. » C'étaient alors des cris, des transports frénétiques. Quand il confessait de vive voix, on lui disait : a Confesse par écrit; » quand il écrivait sa formule de foi, on lui disait : « Tu mens! »