LIVRE ir
naire : l'accusé, le condamné de la veille, était devenu un saint, un martyr, dont la persécution paulinienne avait accéléré la fin. Un grand concours de monde remplissait incessamment la maison qui contenait ses restes mortels. Une noble matrone voulut faire les frais de l'embaumement, qui fut pratiqué avec les aromates les plus précieux de l'Arabie. Le corps, vêtu de lin et de soie, demeura plusieurs jours exposé dans son cercueil, le visage découvert, sous une multitude de lampes et de cierges qui effaçaient l'éclat du soleil.
Mélétius avait voulu reposer au milieu de son troupeau, dans l'église de Saint-Babylas, élevée par ses soins au delà de l'Oronte; le cercueil s'y achemina donc à petites journées, sur un char qu'abritait une tente magnifique. Des chœurs de prêtres, relayés par intervalles, faisaient entendre sans interruption le chant des psaumes dans toutes les langues de l'Orient. Tout le long de la route, les villes ouvraient leurs portes pour recevoir le convoi, malgré l'usage qui prohibait le passage des morts à travers les lieux habités; dans les campagnes, une haie non interrompue d'hommes, de femmes, d'enfants, accourus de plusieurs milles à la ronde, assiégeaient les flancs du char et le retardaient dans sa marche. C'était à qui contemplerait le saint tout à loisir, à qui toucherait sa face avec des linges que l'on serrait ensuite précieusement comme une relique et un préservatif à tous les maux; ceux qui manquaient de linges préparés déchiraient leurs vêtements sur place. La nuit, dans le lointain, on eût cru voir un incendie mouvant, tant il y avait de torches et de cierges allumés dans cette foule immense qui précédait et suivait le catafalque ^ A mesure