‹ Saint JéromeChapitre 99 sur 387 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

résumé de ses décisions ^ Ils en apportaient une autre de ïhéodose en réponse au placet des évoques d'Italie. Le ton du rescrit impérial était dur et arrogant; l'épître synodique, au contraire, cauteleusement rédigée : celleci pourtant, à travers la modération des formes, laissait entrevoir un fond d'ironie et de défi plus outrageant encore que l'injure. Le temps a épargné ce curieux document, un des plus précieux que nous possédions sur l'histoire ecclésiastique au iv*^ et au v^ siècle.

Les Pères orientaux y débutent par de feintes excuses au sujet de leur abstention : l'épître envoyée d'Italie leur étant parvenue tard, le temps avait manqué aux évêques pour se concerter, à de si grandes distances, sur toute la surface de l'Orient; puis c'était un bien long voyage pendant lequel il leur aurait fallu laisser leurs Églises à l'abandon. Cette idée seule les en eût détournés. Quel sort en effet que celui des Églises orientales! Elles avaient depuis vingt ans subi la lapidation de saint Etienne : Dieu avait daigné faire d'elles, dans sa miséricorde, ce qu'il fait de ses élus, un objet d'épreuve et de pitié. Les édifices sacrés étaient en ruine, les catholiques dispersés, la foi ébranlée; les évêques, presque tous confesseurs ou martyrs dans la persécution arienne, pouvaient montrer sur leurs membres la trace du fer et du fouet, et ceux que le bourreau avait épargnés rapportaient de l'exil des infirmités souvent incurables. Voilà ce que le monde entier savait!... En vérité, le bruit de tant de souffrances avait dû parvenir aux Occidentaux au milieu de la paix si complète dont ils jouissaient depuis Constantin ^ Proposer aux évêques d'Orient

4. Ej). Patrum Concil. Constantinopol., ap. llicodoret., v, 9. 2. Ep. Conc. Const., ap. Theodoret., v, 9.

d'entreprendre en telles circonstances un pèlerinage si lointain, qu'élait-ce donc, sinon leur commander un regret? Ils ne pouvaient en effet que répéter au fond de leur cœur avec l'Esprit-Saint : a Qui nous donnera lesailes de la colombe, pour aller reposer à côté de nos frères^? »

Après cette glorification de la chrétienté orientale comparée à celle d'Occident, restée exempte, ou à peu près, des persécutions ariennes, les Pères de Byzance examinaient le programme du futur concile œcuménique de Rome. Et d'abord, pour prouver l'esprit de paix et de charité qui les animait, ils avaient résolu, disaient-ils, d'envoyer à ce concile trois d'entre eux, Cyriacus, Eusèbeet Priscien, chargés de présenter leurs excuses et de faire connaître leurs résolutions. La lettre synodique n'ajoutait pas que ces ambassadeurs avaient été choisis parmi les plus minces prélats d'outre-mer : Cyriacus était évoque d'Idace en Gilicie; Priscien, de Sébaste en Palestine, et on ignore si Eusèbe venait de Chalcide ou de la ville d'Olbia, en Isaurie.

Quant au règlement des quatre sièges métropolitains qui avaient excité si vivement la sollicitude des évèques d'Italie, le concile de Constantinople se bornait à notifier ses décisions au concile de Rome. Déclinant toute explication à ce sujet, il se contentait d'affirmer ironiquement que le choix des titulaires méritait le respect de l'Église et la congratulation des évèques d'Occident; or ces titulaires, à l'exception d'un seul, étaient précisément ceux que la lettre à Théodose avait signalés comme illégitimes et indignes.

1. Quis enim det nobis pennas sicut columboe, ut volemus, et requiescamus apud vos? Ep.Conc, Const.. ap. Theodoret., v,9.

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