‹ Saint JéromeChapitre 13 sur 20 · LES DERNIÈRES ANNÉES. LES DERNIERES ÉPREUVES · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES ANNÉES. LES DERNIERES ÉPREUVES

Tout homme dont les années déclinent, fait n mélancolique retour sur son passé , et se demande ce que lui réserve l'avenir court et incertain qu'il ose se promettre. De la plupart des âmes sur qui Tâge commence à peser, s'élève une plainte, souvent amère, parfois virile ou résignée, mais qui atteste l'irrémédiable impuissance dont la vieillesse frappe ou menace le très grand nombre. Des chrétiens eux-mêmes laissent échapper cette plainte : ce n'est pas un mondain désabusé sans être détaché, ce n'est pas un ambitieux que désespèrent les approches de la vieillesse, c'est le plus ferme croyant, c'est Joseph de Maistre qui, à soixante ans passés, écrivait en exagérant d'ailleurs sa faiblesse : « Je ne suis plus qu'un vieux prisonnier qui a tout au plus le droit de regarder par la fenêtre. » Seuls, dépris des biens terrestres, n'aspirant qu'au terme

désiré dont les rapproche la vieillesse, les saints font joyeux visage à cette visiteuse sévère qui, en allégeant leur fardeau, accélère leur course, ce La vieillesse, » écrivait Jérôme, « apporte avec elle beaucoup de biens et beaucoup de maux. Elle nous délivre des voluptés, ces maîtresses insolentes ; elle met un frein a la gourmandise, elle brise les élans de la luxure, elle accroît la sagesse, elle suggère de plus mûrs conseils. . . Les maux que Ton impute à la vieillesse, ce sont les fréquentes infirmités... les yeux s'obscurcissent, les aliments perdent leur saveur, les mains tremblent, les dents tombent... les pieds chancellent et ne peuvent soutenir , la marche : la vie s'en va par lambeaux; bien des membres sont atteints déjà par la mort. Et cependant, toutes choses bien considérées, misères pour misères, mieux vaut souffrir les infirmités de la vieillesse, et échapper aux atteintes de la volupté, cette maîtresse k elle seule plus fâcheuse et plus importune que toutes les autres. Sans doute la vieillesse elle-même n'est pas à l'abri de ses traits, mais autre chose est d'être effleuré par la tentation, autre chose d'être accablé par elle. Cachée sous des cendres refroidies, l'étincelle essaie parfois encore de se rallumer, mais elle ne saurait plus causer d'incendie. » [Commentar, in AmoSj lib.

Page 1