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CHAPITRE II

Jérôme avait laissé Aquilée non pour Antîoche maïs pour la solitude ; il s*enfonça dans le désert de Chalcis. Sous un ciel de feu, parmi des sables où surgissaient çà et là quelques couvents, il était venu chercher la pénitence; il y trouVa d'autres souffrances encore. Héliodore était retourné en Occident; Innocent et Hylas furent ravis par la mort à son amitié. Plus poignants que ces regrets, les souvenirs d'une trop libre jeunesse troublaient la paix de son âme, et menaçaient une pureté si chèrement conquise. Jérôme a retracé ses angoisses, ses luttes presque désespérées et définitivement victorieuses, dans des pages d'une éloquence saisissante et d'une immortelle beauté.

« Combien de fois, » a-t-il écrit, « retiré dans cette vaste solitude, toute brûlée des ardeurs du soleil, je me croyais au milieu des délices de Rome ! J'étais assis seul, parce que mon âme était remplie

d*ainertume. Mes membres étalent couverts d'un sac hideux; ma peau noircie me donnait Tair d'un Éthiopien. Je pleurais, je gémissais chaque jour; et si le sommeil m'accablait malgré ma résistance, je laissais tomber sur la terre nue un corps décharné dont les os tenaient à peine les uns aux autres. Je ne dis rien de ma nourriture ni de mon breuvage : dans ce désert, même les moines malades osent à peine boire de l'eau fraîche; manger un aliment cuit passe pour une intempérance. Eh bien! moi qui, par terreur de l'enfer, m'étais condamné à cette prison habitée par les scorpions et les fauves, je me voyais, en idée, transporté parmi les danses des jeunes Romaines. Mon visage était pâli par les jeûnes, mon corps était glacé, et mon âme brûlait de convoitises : dans une chair déjà morte, seul l'incendie des passions se rallumait encore. Aussi, dépourvu de tout secours, je me jetais aux pieds de Jésus, je les arrosais de mes larmes, je les essuyais de mes cheveux; je tâchais de dompter cette chair rebelle par des semaines d'abstinence. Je ne rougis point d'avouer mes misères; je pleure plutôt de n'être plus ce que j'ai été. Je me souviens d'avoir souvent passé le jour %l la nuit entière à pousser des cris et à frapper ma poitrine, jusqu'à ce que , sur Tordre du Dieu qui commande à la tempête, la tranquillité revînt dans mon âme. Je redoutais ma cellule même, comme si elle eût été complice de mes

pensées. Irrité contre moi-même, je m'enfonçais seul dans le désert. Si je découvrais quelque vallée sombre , quelque montagne abrupte , quelque rocher escarpé, c'était le lieu que je choisissais pour prier et pour en faire la prison de mon misérable corps. Dieu m'en est témoin, après des larmes abondantes, après des regards longtemps fixés sur le ciel, parfois, je me croyais transporté parmi les chœurs des anges. Alors, dans une confiante allégresse, je chantais au Seigneur : Nous courons après vous, à l'odeur de vos parfums. » {Epist, XXIL Ad Eustochiuniy 7.)

Pour réduire sa chair et réprimer son imagination, Jérôme recourut à d'autres moyens encore que la pénitence corporelle. « Quand j'étais jeune, » a-t-il écrit, « quoique retiré dans le désert, je ne pouvais triompher de passions ardentes et d'une nature de feu : j'étais brisé par des jeûnes continuels, et mon esprit était tout enflammé de pensées mauvaises. Pour venir à bout de le dompter, je me mis à l'école d'un certain moine qui de juif s'était fait chrétien. Laissant là les ingénieux préceptes de Quintilien, les fleuves d'éloquence qu'épanche Cicéron, la gravité de Fronton et la douceur de Pline, je commençai à apprendre l'alphabet hébreu et à étudier une langue aux mots rudes et sifflants. Ce que j'ai dépensé d'efforts, ce que j'ai souffert de difficultés, combien de fois, désespéré, j'ai interrompu

l'étude qu'un désîr obstiné de savoir me faisait ensuite reprendre, seul je puis l'attester, moi qui ai tant souffert , et avec moi ceux qui partageaient alors ma vie. Et je rends grâces à Dieu de ce que d'une semence si amère, je recueille maintenant de doux fruits. » [Epist, CXXV. Ad Rusticum monachum^ la.)

C'est sans doute i cette époque (374), c'est dans le désert de Chalcis, que Jérôme eut le songe mystérieux dont il a fait un dramatique récit. Nourri des œuvres de l'antiquité classique, il en gardait l'amour. « Malheureux, » écrit-il, « je jeûnais avant de lire Cicéron. Après des nuits passées dans les veilles, après des larmes que m'arrachait le Souvenir de mes péchés, je prenais Plante. Si, rentrant en moi-même, je lisais les prophètes, leur discours me semblait rude et négligé. Aveugle que j'étais! j'accusais la lumière au lieu d'accuser mes yeux. » Une vision le guérit , pour un temps du moins , de cet amour. « Tandis que l'ancien serpent se jouait ainsi de moi, vers le milieu du carême » (c'était probablement le carême de SyS), « il me vint une fièvre interne qui, trouvant mon corps épuisé par le manque de repos, le consuma de telle sorte que mes os se tenaient k peine. On préparait mes funérailles; mon corps se refroidissait; seulement, un reste de chaleur faisait encore battre mon cœur. Soudain, je fus ravi en esprit et amené devant le

tribunal du Juge suprême. La lumière était si éblouissante, ceux qui Tentouraient jetaient un si vif éclat, que retombé sur la terre, je n*osais regarder en haut. On me demanda qui j'étais; je répondis que j'étais chrétien. Tu mens, me dit le Juge, tu es cicéronien et non pas chrétien, car où est ton trésor, là est aussi ton cœur. Je me tus, et sous les verges (car le Juge avait ordonné qu'on me fouettât), plus tourmenté encore par d'acres remords , je disais en moi-même ce verset du psaume : Qui vous rendra gloire dans Venfer? Je m'écriai en pleurant : Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié de moi. Ce cri retentissait parmi les coups. Enfin, ceux qui étaient présents, se jetant aux pieds du Juge, le supplièrent de pardonner à ma jeunesse, de m'accorder le temps de faire pénitence, pour me punir sévèrement, s'il m'arrivait encore de lire des livres païens. Moi, qui pour me tirer de l'extrémité où je me trouvais eusse promis davantage encore, je lui fis serment, et, prenant son nom à témoin, je lui dis : Seigneur, si désormais je garde et si je lis encore des livres profanes, qu'on me traite comme si je vous avais renoncé. Après ce serment, on me relâcha, et je revins au monde. On fut étonné de me voir ouvrir les yeux, mais baignés d'un tel déluge de larmes, que ma douleur persuada les plus incrédules. Ce ne fut point la un de ces vains songes qui nous abusent : j'en atteste ce tribunal devant lequel j'étais pros-

lerné; j'en atteste cette sentence qui m'épouvanta- Dieu veuille que je ne sois jamais appliqué à pareille question ! J'en avais encore les épaules meurtries; à mon réveil je sentais encore les coups^Dès lors, j'étudiai les livres saints avec plus d'ardeur que je n'en avais apporté à la lecture des livres profanes. » (Epist. XXI L Ad Eustochium, 3o.)

Jérôme a-t-il tenu ce serment jusqu'à la fin? Quelle que fût la puissante mémoire du saint à qui reviennent sans cesse des réminiscences de Térence et de Lucrèce, de Cicéron, de Virgile, de Sénèque, — et Augustin, à Hippone, gardait aussi tenaces les souvenirs de son éducation classique, — on a le droit do penser que Jérôme rouvrit plus d'une fois encore ces auteurs païens auxquels il avait renoncé. A Rufin dont la rancune insidieuse lui reprochait le crime de parjure, il répondit qu'on ne pouvait exiger de lui l'accomplissement d'une promesse faite en songe. D'ailleurs, si Jérôme ne se crut pas irrévocablement lié par cette promesse, il s'attacha de plus en plus h l'étude de la Bible; ses lectures et ses souvenirs classiques lui servirent seulement à défendre et à orner la vérité. C'est ce qu'il disait à l'orateur Magnus, dans une lettre célèbre où, avec d'ingénieuses et solides raisons, il allègue l'exemple de tous ses devanciers. Rappelant que d'après le Deutéronome, l'Israélite devait couper les ongles et les cheveux de son esclave

avant de l'épouser : « Qu*y a-l-il d'étonnant, demandait Jérôme, » si la sagesse profane m'a charmé par la grâce de son langage et par la beauté de ses formes, et si d'une esclave et d'une captive je veux faire une fille d'Israël? Si quelque chose de mort s'y rencontre, idolâtrie, volupté, erreur, passions mauvaises, je le retranche ; et de mon alliance avec une épouse sans tache naissent des serviteurs au vrai Dieu ; j'accrois ainsi la famille du Christ. » [Epist,LXX, Ad Magnum oratorem urbis Romœ, 2.) Les questions disciplinaires et dogmatiques qui agitaient l'Église d'Antioche vinrent encore troubler Jérôme dans sa retraite. Quatre évoques se disputaient le siège patriarcal de l'Orient. En 36 1, après la mort de l'intrépide champion de la foi nicéenne, Eustathe, les ariens et beaucoup de catholiques s'étaient accordés pour élire Mélèce de Sébaste. L'orthodoxie de Mélèce, attestée déjà lors de la persécution de Constance, s'affirma à Antioche dès le premier jour, au point d'éloigner les ariens qui choisirent Euzoïus pour chef. Néanmoins les catholiques les plus dévoués à la glorieuse mémoire d'Eustathe, refusèrent leur adhésion à un évêque qui avait compté des ariens parmi ses électeurs. Sur la fin de 879, Lucifer de Cagliari, qui revenait de l'exil où le fils de Constantin l'avait relégué, donna pour évoque aux eustathiens le prêtre Paulin qui fut reconnu par l'Occident et par Alexandrie.

Au commencement de 876, pour affermir son hérésie en rintroduîsant à Antioche, l'évêque de Laodicée, Apollinaire , avait osé assigner le gouvernement de cette grande Église à son disciple, Vital, qu'il avait sacré.

En outre, on se demandait à Antioche et dans les monastères de Chalcis, s'il faut reconnaître en Dieu trois hypostases ou trois personnes. Dans la langue théologique d'aujourd'hui, les deux termes sont synonymes, mais, au quatrième siècle, tous ne les tenaient pas pour tels. A Antioche, les Mélétiens employaient le mot hypostase^ de préférence à celui de personne j que Sabellius n'avait pas repoussé ; au contraire, les partisans de Paulin, se conformant à l'usage des latins qui prenaient hypostase et substance pour synonymes, regardaient comme une impiété arienne de dire qu'il y a en Dieu trois hypostases. Pressé par les moines qui l'entouraient de se prononcer sur le légitime pasteur et sur l'expression orthodoxe, Jérôme, dans deux lettres célèbres, s'adressa au pape saint Damase. Certes, ces lettres le disent assez, il redoutait le mot hypostase qui lui semblait équivoque ou erroné ; Mélèce, fauteur d'une telle expression, lui déplaisait singulièrement, et toutes ses sympathies l'attiraient vers Paulin, le patriarche préféré par la chrétienté latine ; mais avant tout, sur ces points, c'est le jugement du pontife romain qu'il réclame et auquel il

sera docile. « J'ai cru », écrîvaît-il au papeDamase, « que je devais consulter la Chaire de Pierre et cette foi romain^ louée par l'apôtre saint Paul ; je demande la nourriture de mon âme à l'Église où

j'ai reçu autrefois la robe du baptême Vous

êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre ; chez vous sont les vases d'or et d'argenl ; ailleurs, les vases de terre et de bois, réservés à la verge de fer qui les brisera et à l'éternel incendie qui les dévorera. » Dans un langage que les siècles suivants ont répété à l'envi, Jérôme proclame la primauté romaine et l'obligation qui s'impose à tous de lui obéir : « Sur cette pierre, je le sais, l'Église a été bâtie. Celui-là est un profane, qui mange l'agneau pascal hors de cette demeure. Si quelqu'un n'est pas dans l'arche de Noé, il sera submergé par le déluge. » Aussi, que Damase veuille bien apprendre à Jérôme quel pasteur il doit suivre et quel langage il doit tenir. « Je ne connais point Vital, je rejette Mélèce, j'ignore Paulin. Quiconque ne recueille pas avec vous disperse : quiconque n'est pas au Christ est à l'Antéchrist. » Sans doute, ce n'est pas avec joie que Jérôme acceptera le terme hypostase; il le déclare d'un ton amer, presque hautain; mais enfin, il acceptera ce terme si Damase en déclare l'usage légitime. « Décidez, de grâce, s'il vous plaît, et je ne craindrai pas de dire qu'il y a en Dieu trois hypostases... Je supplie votre

Béatitude, par le Sauveur crucifié, par la Trinité consubstantielle, de m'auturiser par ses lettres à taire ou à employer ce mot. » [Epist. XV ad Dama" sum Papam,)

Jérôme quitta Chalcis, banni sans doute du désert par des persécutions ineptes, et il se retira auprès d'Evagrius, à Antioche, où Paulin le contraignit, en 378, à recevoir le sacerdoce. Épris de la solitude et jaloux de sa liberté, il avait stipulé que son ordination ne l'attacherait à aucune Eglise particulière ; par une singularité que les jansénistes proposaient volontiers comme un modèle, Jérôme ne monta jamais à l'autel. En vertu de cette liberté qui lui était chère à bon droit, Jérôme, dans un dialogue composé à Antioche, avait combattu le rigorisme hétérodoxe de Lucifer de Cagliari, l'évêque consécrateur de son ami Paulin. Aux alentours de 38o, nous rencontrons l'infatigable voyageur à Constantinople. Saint Grégoire de Nazianze, porté malgré ses résistances sur le siège épiscopal de cette ville, rétablissait la vraie foi au sein d'un peuple envahi depuis quarante ans par l'arianisme ; et, dans une poétique et touchante éloquence, distribuait les trésors de son irréprochable doctrine. Jérôme se mit à l'école d'un tel maître, dont plus tard il se plaisait à évoquer le souvenir et à redire les leçons. Il connut aussi alors un autre docteur, frère de saint Basile, saint Grégoire de Nysse , qui lui

lut sa réfutation d'Eunomius et de rAnoméisme, cette forme audacieuse et radicale de Terreur arienne. Ëunomius et ses adhérents représentaient en effet V aile gauche de l'arianisme; comme on l'a dit, ils dégageaient le rationalisme latent de cette hérésie. Le nom qu'ils avaient adopté, anoméens (d'àviixotoç) était une protestation non seulement contre Tôijloouaïoç des catholiques qui proclament le Fils de même substance que le Père, mais encore contre ro|JLoio;5(jioç des semi-ariens, qui déclaraient la substance du Fils semblable à celle du Père. Ce nom signifiait que, dans leur pensée, le Fils n'est ni égal ni semblable au Père. Dieu conduisait aiiisi le futur interprète des Écritures aux sources les plus abondantes et les plus pures de l'enseignement catholique ; il l'introduisait auprès des hommes qui connaissaient l'erreur et qui excellaient à la combattre.

Il allait le ramener au centre même de la vérité. Grégoire de Nazianze, découragé par la faiblesse et l'ingratitude des hommes, et désireux de regagner sa solitude d'Arianze , avait abdiqué l'épiscopat lors du concile de 38 1 ; rien ne retenait plus Jérôme à Constantinople. En outre j le concile convoqué à Rome par le pape Damase, semblait rappeler dans l'Église de son baptême le Dalmate mûri par l'âge, la pénitence et l'étude, et si apte k renseigner l'autorité souveraine sur les controverses disciplinaires et dogmatiques qui agitaient alors

le patriarcat d'Antioche. Jérôme partit donc. D'après Baronius, Jérôme aurait passé par la Grèce, et c'est à cette date, c'est-à-dire vers l'année 382, qu'il faut placer un voyage sur lequel nous avons peu de détails. « C'est une chose étrange », a-t-on dit, « que notre saint ne nous ait point parlé davantage de ce pays , où Ton ne saurait faire un pas sans éveiller un monde de souvenirs. Craignait-il que ce voyage ne fût un sacrifice occulte à son admiration pour l'antiquité, un hommage secret a l'esprit païen dont il semblait tant redouter les atteintes, ou bien se rappelait-il les paroles de son maître vénéré ? » (L'abbé Eugène Bernard, Les Voyages de saint Jérôme^ chapitre quatrième, m.) Ce maître, Grégoire de Nazianze, si grec de génie et de langage , semble en effet avoir gardé pour cette Athènes où il s'était nourri des chefs-d'œuvre antiques, les sentiments d'inquiète défiance que, de longs siècles après, Manning devait éprouver pour l'Oxford de sa jeunesse. Disons plutôt, sans tant raffiner, que Jérôme, si nourri qu'il fût aux lettres grecques, n'est point, par le tour d'esprit, un de ces fils baptisés de l'Hellade qui, sous la robe du néophyte, sous la robe même du prêtre ou du pontife, lui demeurent fidèles, et tournent volontiers vers cette révélatrice de la beauté un regard reconnaissant et presque attendri. Comme Fénelon à ses débuts, qui dans une lettre à Bossuet

mêlait avec une vive et charmante spontanéité les ré miniscences et les aspirations les plus diverses, Jérôme ne se fût pas écrié : « Je pars et peu s'en faut que je

ne vole La Grèce entière s'ouvre à moi , le sultan

eflfrayé recule ; déjà le Péloponèse respire en liberté, et l'Église de Corinthe va refleurir; la voix de l'apôtre s'y fera encore entendre. Je me sens transporté dans ces beaux lieux et parmi ces ruines précieuses , pour y recueillir, avec les plus curieux monuments, l'esprit même de l'antiquité. Je cherche cet aréopage, où saint Paul annonça aux sages du monde le Dieu inconnu; mais le profane vient après le sacré, et je ne dédaigne pas de descendre au Pîrée, où Socrate fait le plan de sa république. Je monte au double sommet du Parnasse; je cueille les lauriers de Delphes, et je goûte les délices de Tempe. »

Ce n'est pas .sur ce ton que Jérôme parle de Corinthe, dont il loue d'ailleurs le goût littéraire, afEné par le voisinage de l'Attique; ce n'est pas non plus sur ce ton qu'il parle d'Athènes. S'il nomme la ville qui, d'après un mot célèbre, était la Grèce même de la Grèce, c'est uniquement pour dire qu'il avait vu, près de la statue de Minerve, une sphère d'airain si pesante, qu'il put à peine la remuer. « Je demandai, » ajoute-t-il, « de quel usage était cette sphère ; l'on me répondit qu'elle servait à éprouver les forces des athlètes, et que

nul ne descendait dans l'arène avant d'avoir soulevé ce poids, et montré ainsi à quel antagoniste on pouvait l'opposer. » [Commentar. in Zachariamy lib. lUy cap. XII, V. II.) Dans un autre commentaire, il fait allusion à l'autel athénien dont le titre mystérieux suggéra à saint Paul le plus insinuant des exordes. <c L'inscription, » dit Jérôme, <c ne portait pas : jiu Dieu inconnu, mais : j4ux dieux de VAsie et de V Europe ; aux dieux inconnus et étrangers, Paul n'avait besoin de mentionner qu'un seul Dieu inconnu : il employa donc le singulier. pour apprendre aux Athéniens que ce Dieu désigné dans l'inscription de leur autel, était le sien, et pour qu'ils connussent désormais et qu'ils honorassent dignement le Dieu qu'ils adoraient sans le connaître et qu'ils ne pouvaient ignorer. » [Commentar, in, Epist. ad Titum, lib. cap. I, v. lo, ii.) Ce dernier détail, s'il est exact, — car le géographe Pausanias cite une inscription semblable à celle qu'a mentionnée saint Paul, — montre avec quelle ingénieuse liberté l'apôtre usait de toutes les ressources qui s'offraient à lui ; il avait pour l'interprète des livres saints, il a pour nous encore un réel intérêt.

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