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CHAPITRE III

ROMB

Jérôme arriva à Rome en compagnie de deux évêques orientaux : Paulin auquel il adhérait , et Ëpiphane de Salamine. D^importants travaux, des amitiés illustres, des luttes et aussi d'amères épreuves l'attendaient dans la capitale du monde chrétien. Au concile assemblé par Damase, il attesta son érudition et la sûreté de sa doctrine en défendant, par l'autorité de saint Athanase , un nom attribué à Jésus-Christ {homo dominicus), dont les apoUinaristes contestaient l'orthodoxie. Frappé de talents qu'il était digne d'apprécier, le pape s'attacha Jérôme comme secrétaire , le chargea de répondre en son nom aux consultations des synodes, et recourut souvent, pour son propre compte, aiix lumières du savant exégète. Damase eut de plus sur toute la vie de son collaborateur une influence décisiv^e. Il l'avait vu épris de ces lectures prolon-

gées où trop aisément l'esprit s'endort, et qui devaient un jour suggérer au P. Gratry cette piquante saillie : « O lecture] paresse déguisée yi] il secoua cette décevante torpeur, en poussant Jérôme à d'utiles travaux. À la demande du pape, Jérôme traduisit deux homélies d'Orîgène sur le Cantique des Cantiques, et commença à traduire un ouvrage du savant aveugle d'Alexandrie , Didyme : le traité du Saint Esprit, Est-ce bien l'œuvre semblable de saint Ambroise que Jérôme juge en termes sévères dans sa Préface ? ( « Nihil ibi dialecticum , nihil çirile atque districtum,... sed totum flaccidum^ molle y,,, ») Rufin, dans ses //i^'èc^zVe^, l'a prétendu; les Bénédictins, éditeurs des œuvres de l'évêque de Milan, l'ont contesté ; Tillemont incline fort à le croire. [Mémoires ^ etc. Saint Ambroise y Note XI.) De la part d'un censeur tel que Jérôme, les critiques les plus dures n'ont rien qui étonne; et d'ailleurs cette critique est surtout d'ordre littéraire.

Damase réclama de Jérôme une œuvre plus importante. Les évangiles, écrits en grec, avaient été de bonne heure traduits en latin, pour l'usage de la chrétienté occidentale ; mais la version primitive, l'ancienne Italique avait subi, dans les manuscrits qui circulaient, des corrections, et aussi des altérations et des additions sans nombre; en outre, par besoin de concordance, pour rendre aussi complet

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que possible l'exemplaîie que l'on possédait, on avait souvent réuni dans un texte unique les divers récits des évangélistes, Effrayé du péril que présentaient ces divergences, Damase pria Jérôme de reviser le Nouveau Testament d'après rorîgînai grec. Jérôme, naturellement impatient de la contradiction, ne se dissimulait pas les critiques auxquelles ce travail l'exposerait; il allait déranger d'anciennes habitudes, alarmer peut-être des consciences timides; néanmoins, fort de l'appui que lui donnait le pape, il commença et mena à bonne fin le travail demandé, retrancha les interpolations, rétablit dans le texte sacré l'ordre interverti, corrigea les contresens et autres erreurs, et put offrir a Damase cette œuvre méritoire, en y ajoutant, traduits du grec en latin, les dix canons ou tables de concordance dans lesquels Eusèbe de Césarée, après Âmmonius d'Alexandrie, avait montré ce qui est propre à chaque évangéliste et ce qui est commun à tous les quatre.

Jérôme entreprit encore une outre re vision, celle du psautier. La traduction en usage dans l'Église latine avait été faite sur le texte grec des Septante, mais elle était fautive en beaucoup d'endroits ; des altérations nombreuses s'étaient glissées dans les manuscrits qui la reproduisaient. De la révision hiéronymienne sortit le Psalterium romanum qui fut en usage à Rome jusqu'au règne de saint Pie V, et

auquel appartiennent le Fenîte exultemus de Flnvitatoîre et les passages des psaumes cités dans le missel, ce Ce premier travail fut à son tour bientôt altéré par les copistes, et, à la prière de sainte Paule, S. Jérôme se décida à faire une seconde revision. Cette fois, il prit pour guide les Hexaples d'Origène. . . Ce fut là le Psalterium gallicanum (ann. 889) ainsi nommé parce qu'il fut d'abord adopté dans les Gaules. .. Le psautier gallican est celui qui est inséré dans notre Vulgate et dont nous nous servons au bréviaire. » (M. l'abbé Lesêtre, Introduction au livre des Psaumes, VIII, Texte original et i^ersions, dans la Sainte Bible publiée parM.Lethielleux.) Plus tard, vers 892, Jérôme traduira les psaumes sur l'hébreu.

Ces travaux, l'austérité qui les accompagnait, attirèrent les regards sur le familier du pape Damase, et lui valurent des amitiés illustres et précieuses.

Sur l'une des sept collines, dans un palais de l'Aventin, s'assemblaient des femmes d'un grand cœur et d'une foi vive, éprises de l'idéal évangélique, opposant au paganisme qui s'étalait encore, et aux mœurs frivoles ou coupables d'un trop grand nombre de chrétiens, l'humble et courageuse protestation de leurs vertus. C'était la maîtresse même de cette noble demeure, Marcellaqui, épouse un instant, avait voué à Dieu, aux pauvres, à l'étude

des saintes lettres, son veuvage Irrévocable. Cétaîent Albîna, la mère de Marcella; Asella dont l'historien de saint Jean Chrysostome, Pallade, a loué la douceur ; Furia, l'héritière des Camille ; Fabiola qui, moins aflfermie dans le bien que ses pieuses compagnes, devait un jour réparer les erreurs de sa jeunesse par la pénitence et par la charité. Nommons encore la veuve Léa et Principia. Nommons surtout trois femmes qui furent chères entre toutes à Jérôme , et dont les noms escortent le sien dans l'histoire : Paula, et deux de ses filles, Blésilla etEustochium.

Nous ne redirons pas les origines de Paula, qui par sa mère se rattachait authentiquement aux Scipionsetaux Gracques, et dont le père, Rogatus, opulent propriétaire de NicopoUs, prétendait remonter au roi des rois, Agamemnon. Veuve à trente-cinq ans d'un problématique descendant d'Énée, Julius Toxotius, — dans les généalogies du patriciat romain, la légende se mêlait aisément k l'histoire, — Paula fut gagnée à la vie ascétique par l'exemple de Marcella, et bientôt elle égala son héroïque amie. Sa fille aînée, Blésilla, veuve après sept mois de mariage, s'engagea dans l'austère sentier d'où le monde l'avait un instant détournée, et mourut à la fleur de Tâge, louée par les pathétiques accents de Jérôme. « Qui donnera, » s'écriait-il, « à mes yeux une source de larmes, et je pleurerai, non point

comme Jérémie, les blessés de mon peuple, non point comme Jésus la misère de Jérusalem, mais la sainteté, la miséricorde, l'innocence, la chasteté, je pleurerai toutes les vertus frappées dans une seule mort. Non qu'il faille pleurer celle qui s'en est allée ; c'est à nous de pleurer, à nous qui avons cessé de la voir! Qui donc se rappellerait, avec des yeux secs, la jeune femme de vingt ans dont la foi ardente leva l'étendard du Crucifié?... Qui donc, sans pousser des sanglots, évoquerait par le souvenir sa persévérance dans la prière, la beauté de son langage, la sûreté de sa mémoire, la finesse de son esprit? Si vous l'eussiez entendue parler grec, vous auriez pensé qu'elle ignorait le latin; parlait-elle latin : son langage ne sentait en rien l'étranger. Et, don merveilleux que toute la Grèce admire dans Origène! en peu de jours elle avait surmonté à ce point les difficultés de la langue hébraïque, qu'elle rivalisait avec sa mère dans l'étude et dans le chant des psaumes. La pauvreté de ses vêtements ne décelait pas l'orgueil, comme chez tant d'autres; véritablement humble, elle ne se distinguait des femmes qui l'entouraient que par un plus grand oubli de sa personne. Affaiblie par la souffrance, Blésilla se traînait pâle et tremblante, à peine pouvait-elle lever la tête, et cependant, elle avait toujours à la main les Prophètes ou l'Évangile... Dévorée par la fièvre, à demi-morte, elle adresait à ses proches ces su-

prèmes recommandations : Demandez au Seigneur Jésus qu'il me pardonne de n'avoir pas exécuté moa dessein. » (Blésilla s'était proposé d'embrasser la vie monastique.) a Sois en paix, ô Blésilla : ta robe est blanche, elle le sera toujours. Cette blancheur de ta robe, c'est l'éclat sans tache de l'éternelle virginité. » Rassurons-nous, poursuit Jérôme, Blésilla s'est convertie, — dans la langue chrétienne, dans la langue d'un saint Philippe de Néri qui sans cesse faisait célébrer des messes pour sa conversion, la conversion ne signifie pas nécessairement le passage du péché à la grâce ; — or, tant que dure la vie présente, aucune conversion n'arrive jamais trop tard. « C'est au brigand crucifié qu'a été dite pour la première fois cette parole : Aujourd'hui tu seras aç>ec moi dans le paradis. Lorsque Blésilla eut déposé le fardeau de sa chair périssable ; lorsque son âme, revenue d'un long exil, se fut envolée vers le Créateur, et eut pris possession de l'antique héritage, de magnifiques funérailles furent faites à la défunte; un long cortège de patriciens accompagna au sépulcre son cercueil recouvert d'un voile d'or. Mais il me semblait que du haut du ciel Blésilla me criait : Je ne reconnais pas de tels vêtements ; cette funèbre parure n'est pas pour moi; cette pompe ne me regarde pas. »

« Que fais-je? » poursuit Jérôme. « Je défends à une mère de pleurer, et je pleure moi-même. Je confesse ma douleur; la page que j'écris est mouillée

de mes larmes. Quoi donc! Jésus n'a-t-il pas pleuré Lazare parce qu'il raîmait?.... j'en atteste, ô Paula, ce Jésus que suit Blésilla, j'en atteste les anges dont elle est devenue la compagne, je souffre des mêmes douleurs qui te déchirent : elle était ma fille par l'âme ; je l'avais nourrie du lait de ma charité; aussi, à certains moments m'écrié-je : Périsse le jour oh je suis né! » [Epist, XXXIX Ad Paulaniy i, 2.) Puis, le saint s'élève à de hau- . tes considérations sur les insondables mystères du gouvernement divin.

Une autre fille de Paula, Eustochium, était réservée à une plus longue carrière que cette Blésilla si tendrement pleurée. Elle suivit sa mère en Orient, lui succéda dans la direction des monastères de Palestine, et, toujours calme, toujours invincible aussi aux épreuves, eut jusqu'à la fin Jérôme pour consolateur et pour guide.

L'amour de l'Écriture enflammait ces chrétiennes qui, pour mieux approfondir les livres saints, . avaient résolument abordé l'étude du grec et de l'hébreu. Jérôme les dirigeait dans des recherches où l'on poursuivait, non les joies décevantes de la vaine gloire, mais la connaissance de la vérité. Marcella, dont Jérôme devint l'hôte, devançait dans cette voie laborieuse toutes ses compagnes. Plus tard, le solitaire de Bethléem écrira d'elle, dans son Commentaire de VEpître aux Ephésiens :

<( Toutes les fois que je me représente son ardeur pour l'étude, sa vivacité d'esprit et son application, j'accuse ma paresse, moi qui, retiré dans la solitude, et ayant sans cesse devant les yeux la crèche où les pasteurs vinrent en hâte adorer Jésus vagissant, ne puis faire ce que fait une noble feqime^ aux heures qu'elle dérobe à l'embarras d'un domestique nombreux et au gouvernement de sa maison. »

On avait reproché à Jérôme de n'instruire que les femmes ; il répondait ce que trop souvent hélas ! le prêtre contemporain aurait aussi le droit de dire : « Si les hommes m'interrogeaient sur l'Écriture, je parlerais moins aux femmes. » Jérôme ajoutait : <c Je me réjouis, l'enthousiasme me saisit, lorsque dans Babylone je rencontre Daniel, Ananias, Azarias, Misaël. » {Epist. LXF^. Ad Principiam ifirgi' nem, a.) Ces Daniel, ces Ananias, ces Azarias, ces Misaêl, il les trouvait dans quelques amis de choix qui fréquentaient l'Aventin, et complétaient la pieuse académie : Pammachius, cousin de Marcella, qui allait épouser Pauline, la seconde fille de Paula; Océanus, homme instruit qui plus tard visita Jérôme à Bethléem ; Marcellin, qui fut en Afrique, au temps d'Augustin, le plus consciencieux des magistrats; Domnion, prêtre avancé en âge, dont tout le monde vantait les vertus hospitalières.

Quelle que fût la sévère douceur de ces amitiés^

quelque appui solide que lui procurât la faveur de Damase, Jérôme ne goûta point la paix à Rome. Était-ce d'ailleurs ce qu'il cherchait? Assurément, Jérôme ne redoutait pas la lutte. Contre Helvidius, le contempteur du dogme de la perpétuelle virginité de Marie, il avait défendu l'incomparable prix de la continence parfaite ; sans méconnaître la légitimité du mariage, il en avait étalé les inconvénients, j'allais dire les misères. Il encourageait dans leurs desseins de vie monastique des jeunes filles pour lesquelles on rêvait des noces honorables ou illustres. A l'aspect de ces vierges romaines qui, par ses conseils, renonçaient ainsi à la famille, on l'eût volontiers accusé de meurtre ; on l'en accusa surtout quand s'éteignit Blésilla qu'il avait tuée, disait-on, à force déjeunes. Là n'étaient point les seuls griefs qu'on imputât a Jérôme. Avec une indignation éloquente, avec une verve intarissable, il flétrissait les désordres, avarice, intempérance, hypocrisie, qui s'étaient glissés à Rome parmi les clercs et les moines. Ceux qu'atteignait sa puissante satire, ceux qui se reconnaissaient ou que l'on reconnaissait dans ses portraits, s'irritaient, comme on le pense bien ; de toutes parts éclataient des colères et des ressentiments implacables. La calomnie venait en aide à la rancune ; et, au mépris de toute justice comme de toute vraisemblance, les relations de Paula avec son guide furent incriminées. La

mort de Damase , advenue le 1 1 décembre 384 > priva Jérôme de son protecteur, Técarta de la chancellerie apostolique , acheva de le détacher de Rome. Le désert l'attirait de nouveau, mais c'est dans le désert biblique qu'il voulait désormais se fixer. Il quitta pour toujours la ville éternelle, emmenant avec lui son frère Paulinien, le prêtre romain Vincent, et quelques moines. D'Ostie, au moment de s'embarquer, il écrivit à Asella une lettre où se découvre son âme aimante et attristée. « Si je pensais pouvoir te remercier dignement, je serais insensé », disait-il. « Mais Dieu peut récompenser pour moi ta sainte âme du bien qu'elle m'a fait. Quant à moi, j'en suis indigne, et jamais je n'ai eu le droit d'espérer ou même de souhaiter que tu m'accordasses en Jésus-Christ une si grande affection. Et encore que certaines gens me croient un scélérat, accablé. sous le poids de ses crimes, — au regard de mes péchés, cela est peu de chose, — cependant, tu fais bien en jugeant d'après ton cœur quels sont les bons , quels sont les méchants... » Jérôme se justifiait ensuite des calomnies qui l'avaient assailli, il en appelait au souvenir, au témoignage d'Asella et de tout l'Aventin. « J'ai été maintes fois entouré d'une troupe de vierges, j'ai expliqué à plusieurs, du mieux que j'ai pu, les livres divins. L'étude crée l'assiduité, l'assiduité la familiarité, la familiarité une mutuelle confiance.

Que ces vierges disent si elles ont jamais eu de moi d'autre idée que celle qu'on doit avoir d'un chrétien. Ai-je reçu cjuelque argent de Tune d'elles? N'ai-je pas repoussé tous les cadeaux, petits ou grands? L'argent d'autrui a-t-il tinté dans ma main? Ai-je jamais prononcé un mot douteux, jeté un regard trop hardi ? » En terminant, Jérôme adressait de suprêmes adieux à celles qu'il laissait à Rome. « Salue Paula et Eustochium^ que le monde le veuille ou non, mes sœurs en Jésus-Christ. Salue Albine, ma mère, ma sœur Marcella, et aussi Marcelline. Félicité, et dis-leur : Nous comparaîtrons tous ensemble au tribunal du Christ; alors seront dévoilées la conscience et la vie de chacun. Souviens-toi de moi, modèle de virginale pureté, et par tes prières apaise sur ma route les flots de la mer. » [Epist. XLV. Ad Asellam,)

Dès avant les rudes épreuves qui l'avaient atteinte, Paula songeait à un exode. L'Orient religieux lui avait été révélé par Paulin d'Antioche, par Épiphane de Salamine, qu'elle avait reçu dans sa demeure, lors du concile romain de 382 ; en Orient, elle aspirait à voir les lieux consacrés par la vie mortelle du Sauveur. De bonne heure, mais surtout depuis Constantin, grand nombre de chrétiens avaient visité la Palestine : le pèlerinage d'Hélène est dans toutes les mémoires. Paula, elle aussi, voulait faire son pèlerinage, mais, dans

sa pensée , ce pèlerinage devait être sans retour.

Jérôme prit les devants. « Il vint à Rhège (Reggio) », dit Tillemont; « et, après avoir passé le fameux détroit de Messine entre Scylla et Charybde, doublé le cap de Malée, et traversé la mer des Cyclades, il aborda en Chypre, où il fut reçu par saint Épiphane, évèque de Salamine. Il s'avança de là jusqu'à Antioche, où il demeura dans la compagnie de Paulin jusqu'au milieu de l'hiver. » [Mémoires y etc. Saint Jérôme y chapitre XLII.)

Accompagnée d'Eustochium et de jeunes filles vouées aussi à la virginité, Paula s'était arrachée à la tendresse et aux larmes de ses autres enfants, Toxotius et Rufine, qui, du rivage, s'efforçaient en vain de la retenir. Après une station à l'île Pontia où Flavia Domitilla, parente de l'empereur Domitien, avait été exilée pour la foi ; après un repos de dix jours en Chypre où saint Épiphane rendit à sa visiteuse l'hospitalité qu'il en avait reçue à Rome, la noble femme arrivait à Antioche. Paulin eût bien voulu l'y garder quelque temps, mais Paula avait hâte de partir pour Jérusalem. Elle se mit donc en route malgré l'hiver, cheminant sur un âne, à travers de rudes sentiers, elle qui, dit Jérôme, ne marchait autrefois que soutenue sur les bras de »2S serviteurs. « On peut « croire », dit Tillemont, « que Jérôme fit ce voyage « en la compagnie de sainte Paule, avec laquelle il

<c était assurément lorsqu'elle arriva a Bethléem, d [Mémoires, etc. Saint Jérôme^ art. XIII.)

Nous ne retracerons pas cet itinéraire ; nous ne redirons point les ravissements de Paula, au Calvaire et au tombeau de Jésus. Après Jérusalem^ les pèlerins visitèrent Bethléem. « Misérable pécheresse, » s'écriait Paula, « j'ai été jugée digne de baiser la crèche où a vagi mon Sauveur enfant, de prier dans la grotte où la Vierge-Mère a mis au monde le Seigneur ! C'est ici le lieu de mon repos, car c'est ici la patrie de mon Dieu. J'habiterai la demeure que mon Sauveur a choisie pour lui. » [Ep. CFIIL Ad Eustochiuniy lo.) C'est en effet à Bethléem que Paula devait vivre et mourir ; c'est là aussi que Jérôme allait se fixer.

Toutefois, avant de s'attacher pour toujours à la grotte de la Nativité, les voyageurs passèrent en Egypte. Le pays des Pharaons, où la sainte Famille avait trouvé un abri, où tant d'ascètes, par les héroïques excès de leur pénitence, semblaient défier la nature et s'égaler aux anges, n'était-elle point, pour Paula et pour son guide, une autre terre sainte ? Un second motif conduisait Jérôme en Egypte : il voulait consulter le représentant alors le plus célèbre de l'École d'Alexandrie, l'aveugle Didyme : « Ma tête, » a-t-il écrit, « commençait à se couvrir de cheveux blancs qui conviennent mieux à un maître qu'à un disciple... Cependant je fus l'auditeur de

Didyme, et j'ai bien des raisons de lui rendre

grâces » (Epist, LXXXIV , Pammachio et

Oceano,) L'ardeur voyageuse de Jérôme ou plutôt la Providence qui dirige les causes secondes sans les contraindre, l'amenait à Alexandrie après l'avoir conduit à Antioche, à Constantinople, à Rome, pour qu'aucun des foyers de la tradition ou de la science catholique ne lui fût étranger.

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