‹ Saint Jérôme et ses ennemisChapitre 11 sur 32 · ASCÉTIQUE · texte numérisé non relu

ASCÉTIQUE

Pendant les premières années de son séjour à Bethléem Jérôme semble si bien oublier Rome qu'il n'écrit même pas à ses amis. De sa lettre d'adieu de 385 (1) à l'Apologétique qu'il envoie à Pammaque en 394-5^ sa correspondance ne nous offre qu'un billet à Desiderius (2) ; encore est-il postérieur à 392. Il ne converse (3) plus qu'avec Paule et Eustochie. « Plongé dans ses livres, dira plus tard un témoin, il ne se repose ni la nuit, ni le jour; il ne fait que lire et écrire (4). » Le grand effort de son œuvre scripturaire l'absorbe tout entier. C'est d'abord la revision de la Vulgate latine de l'Ancien Testament sur les LXX de 386 à 391 environ, avec les études préparatoires de sa traduction directe ; puis, cette traduction même de 391 à 404 ou 405; c'est en même temps ses Commentaires de l'Ecriture qui, commencés en 386, ne s'arrêteront qu'à sa mort, en 420. Un coup d'œil sur le tableau des pages 42 et 43 permet d'embrasser la suite de cette tâche gigantesque :

(1) Ep. 45, ad Asellam.

(2) Ep. 47. Il y est fait mention du De Viris daté par Jérôme même de 392 ; cf. 47, 3. L'ép. 46 est la lettre de Paule à Marcelle dont nous avons parlé. La chronologie de la correspondance est l'oeuvre de Vallarsi.

(3) De Viris, 135 {quotidie).

(4) S. Sev. Dial., I, 9.

l'œuvre sgripturaire et la morale ascétique 41

l'interruption de 398 à 404 marque Tépoque de la crise que remplit la querelle avec Rurin(l). Mais, en dépit de son éloignement, son œuvre même le rattache sans cesse à ce & monde qu'il a quitté puisqu'elle n'a sa raison d'être que m dans son utilité pour l'Eglise latine, puisqu'elle est destinée au public romain autant qu'à ses amis et que c'est sur elle que vont porter désormais les coups de ses adversaires jusqu'à ce que son intervention dans l'affaire de Jovinien donue prise à d'autres griefs et ramène pour toujours à Rome sa pensée militante.

p Revision, traduction ou commentaire, chaque publication nouvelle est précédée d'une préface (2) écrite tantôt avant l'œuvre, tantôt après, quelquefois au cours du travail même et complétée souvent par un post-scriptum (3). Les courts intervalles où l'auteur cède au besoin de prendre haleine, restent longtemps la seule occasion qu'il ait d*ouvrir son cœur et la vie intime de son âme s'écrit en marge de ses livres. Il lui faut d'ailleurs chaque fois s'expliquer et se défendre. Dès les premiers jours, il se compare à Térence forcé de plaider dans ses prologues la cause de ses comédies (4). C'est une nécessité à laquelle il

(1) Ajouter les conférences faites à Bethléem (Ap. II, 24) ; les commentarioli, etc., cf. les belles découvertes dont on est redevable à Dom G. Morin dans les Anecdota Maredsolana ; cf. aussi, même auteur, Revue Hist. et Lut. relig., 1896, I et Revue Bénéd., 1894, 1902, etc.

(2) Ce sont ces préfaces qui permettent de reconstituer la chronologie de son œuvre scripturaire. Jérôme le fait remarquer déjà (Ezr. 5). — Elles sont au nombre de 4 pour la revision de la vulgate de l'Ancien Testament sur les LXX ; de 17 pour la traduction, dont 2 après 398, date où commence la querelle avec Rufin ; de 69 pour les commentaires, dont 20 avant, 49 après 398 (cf., ch. ix). De plus, 3 préfaces pour les apocryphes Esther, Tobie, Job traduits à des dates indéterminées ; cf. le tableau synoptique ci-joint.

(3) Cf. Zacch. 2 ; Mich. ; Malach. ; Is. 7 ; Abac ; et surtout les Commentaires.

(4) Quœst. in Gen.

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