CHAPITRE V
Rufin avait donc à peine fait connaître le premier livre de V Apologie d'Origène qu'il s'attaquait aux Principes, Peut-être la traduction en était-elle déjà ébauchée, commencée même ? Il se hâte d'arriver à son véritable objet ; à la curiosité de ses lecteurs ne suffisent déjà plus sa dissertation sur Origène ni les extraits du Maître : il Ta trop habilement éveillée pour ne pas satisfaire dès lors à ses exigences. Le temps des préparations est passé. Les précautions sont prises. Les hellénisants qui l'entourent et applaudissent à son initiative sont prêts à affronter toutes les audaces du docteur alexandrin. Entre eux et lui l'entente est parfaite : ils sollicitent eux-mêmes le cadeau qu'il leur destinait. S'il ne faut pas lasser leur attente, il faut encore moins permettre à la méfiance des orthodoxes étroits de se mettre en garde; quand ils jetteront le cri d'alarme, le coup décisif sera frappé : Origène sera dans la place. Il traduit donc au Carême les deux premiers livres des Principes. Macaire est derrière lui et le stimule sans répit, mais nous savons aussi que, si son impatience a hâté la publication des deux premiers livres quand il habitait auprès du traducteur et qu'il avait tout loisir de
presser son travail, celui-ci n'en acheva pas moins sa traduction après Pâques quand il alla habiter à l'autre bout de la ville et ne le vit plus que de visite en visite (1). Les deux premiers livres ont paru sans doute vers Pâques ; les deux suivants quelques semaines après [tardiiis) dans le courant de Tété. C'est ainsi que tout à coup, vers le milieu de 398, se produit au grand jour et sur l'initiative de Rufin la plus hardie tentative que l'origénisme pût oser à Rome : la traduction des Principes,
hQ Péri Arc/iôn était en effet l'Evangile de l'origénisme. C'est dans cet ouvrage qu'Origène avait tenté de résumer les efforts de la pensée alexandrine pour réaliser la conciliation de la philosophie et du christianisme. De ce livre écrit avant son départ d'Egypte (231) (2), il ne nous reste, grâce à la Philocalie de Grégoire et de Basile, grâce à une lettre de Justinien au patriarche Mennas et à la Bibliothèque de Photius, que les vingt-deux premiers chapitres (3) du livre III, autantdu livre IV, et quelques courts fragments. Des deux premiers livres, les plus importants, nous n'avons que quelques lignes. Enfin, Photius qui avait encore l'ouvrage sous les yeux, nous en a donné un sommaire précieux. Origène a voulu, et c'est, nous l'avons expliqué, la cause de l'hétérodoxie particulière des Principes, écrire une œuvre d'ensemble et dresser à la lumière de la raison un système du Credo chrétien. On comprend que ce livre ait été plus suspecté et critiqué que tous les autres : c'est surtout sur cette œuvre « platonicienne (4) » qu'avaient porté les attaques de Méthodius, de Marcel d'Ancyre
(d) Cf. Princprxf., I et II; id. III et IV.
(2) Eusèbe. H. Eccl., VI, 24.
(3) Ou plutôt paragraphes.
.(4) Marcel d'Ancyre, d'après Eusèbe.
Brochet \^
et d'Eustathe; c'est surtout pour en défendre l'auteur qu'Eusèbe et Pamphile avaient écrit leur Apologie : les extraits justificatifs d'Origène qu'elle contient sont presque tous tirés des Principes. Enfin, c'est dans ses scolies au Péri Arcliôn que Didyme s'était attaché à venger la foi d'Origène. Rufin^ nous l'avons vu, suivait une autre méthode. Le développement de l'orthodoxie ne permettant plus de défendre les passages critiqués, il les désavouait résolument et prétendait y voir l'œuvre de faussaires et d'interpolateurs hérétiques. Cette thèse singulière de son De adulteratione, nous allons voir de quelle façon plus singulière encore il l'applique dans sa traduction.
Il nous est sans doute impossible de nous faire une idée exacte à^^ Principes puisque^ sauf quelques fragments du texte grec et de la traduction de Jérôme^ nous n'avons plus pour en juger que la version de Rufin ; mais le sommaire de Photius nous montre que cette version, à travers ses remaniements et ses inexactitudes, suit d'idée en idée l'original et, preuve du danger auquel Rufin exposait délibérément ses lecteurs, l'hétérodoxie de la pensée d'Origène y éclate encore assez pour qu'on y puisse découvrir l'origine de toutes les thèses suspectes de l'origénisme. Le principe même du livre n'était-il pas la source de toutes ces erreurs? Nous avons dit comment l'œuvre d'Origène était née de la nécessité de fixer le dogme chrétien au milieu des divergences de la pensée individuelle sur les grandes questions autant que du besoin inhérent à l'école alexandrine de faire la synthèse de la philosophie et de l'Ecriture ; que c'est contre les hérésies soit gnostiques soit surtout anthropomorphiques qu'il entend expliquer la doctrine, que le critère en est la tradition ecclésiastique et apostolique, et que son malheur fut de vouloir la formuler à une heure prématurée dans les vérités de détail aussi
bien que dans les dogmes essentiels (1). C'est ce droit qu'il revendique hardiment au début des Principes : « Les Apôtres, écrit-il, n'ont pu tout dire et ils ont laissé un large champ à l'investigation des esprits curieux des choses sacrées ; ils ont affirmé et nous ont laissé le soin d'expliquer. Si la prédication apostolique s'est surtout attachée à définir les thèses essentielles de la Trinité^ de l'Incarnation, de la Rédemption, pour ce qui est de l'origine et de la nature de l'âme, de l'éternité, des récompenses et des peines, du libre arbitre, des puissances célestes et infernales, de la création et de la fin du monde, elle n'a guère pu que toucher à ces questions et nous a laissé le soin d'achever l'œuvre de la science sacrée. C'est à nous de découvrir toute la vérité à l'aide des révélations divines des deux Testaments et des investigations de notre raison (2). » Le pullulement à l'infini du protestantisme fait assez présumer quelles graves conséquences cette affirmation hardie pouvait avoir pour l'intégrité de l'autorité ecclésiastique et de la doctrine ellemême. C'était revendiquer pour la seule spéculation individuelle, si informée ou si prudente qu'elle fût, le soin de compléter et d'achever le dogme en décidant des questions obscures, c'est-à-dire detout ce qui touchaitaux points de foi, n*y ayant point de solutions sur aucun d'eux qui donnât pleine satisfaction aux exigences de la seule raison. Procédant de ce principe, Origène dans toute la sincérité de sa foi s'avançait à travers son Péri Archôn, tantôt retenu par des textes formels ou des traditions précises, tantôt et le plus souvent, dans le silence des
(1) « Inébranlable sur le principe, dit un des apologistes modernes d'Origène, il n'a pu se tromper que sur l'application en prenant pour des opinions libres ce qui contredisait en réalité le dogme catholique...)) Freppel. Origène. Leçon XXX Vif.
(2) Princ, ï, 1-10.
Livres Saints et l'absence de contraintes anciennes, emporté au delà des dogmes positifs et des mystères insondables par son ardente imagination de philosophe et de poète. Dans son premier livre il établissait contre les anthropomorphites la spiritualité de la nature divine, étudiait successivement les trois personnes, démontrait leur unité, leur coéternité et leurs rapports; puis passait aux créatures raisonnables, à la déchéance des esprits mauvais, à la réhabilitation finale qui est le but et le dessein de la bonté divine, à la hiérarchie de toutes les créatures raisonnables en raison de leurs mérites propres. Dans le deuxième, après ce regard d'ensemble sur le créateur, la création et son organisation providentielle^ il en expliquait la diversité par les effets du libre arbitre des créatures raisonnables, par les divers degrés de leur progrès ou de leur déchéance, l'existence même du monde matériel n'étant que la résultante de la perversité qui a précipité les esprits dans les corps ; il montrait la variété infinie de la matière du corps le plus grossier jusqu'au plus subtil, la succession des mondes pour l'expiation des fautes ; l'identité du Dieu du Nouveau Testament et du Dieu de l'Ancien, du Dieu de bonté et du Dieu de justice, son intervention pour sauver Tordre créé par lui et troublé par la créature; la nature de l'âme, forme passagère de l'esprit déchu et prisonnier du corps; la résurrection des corps doués d'une incorruptibilité qu'aucune altération ne pourrait plus atteindre ni dissoudre ; le caractère personnel et moral des peines ; les tourments de rame coupable ; la privation de la vue immédiate de Dieu symbolisée par les ténèbres de l'enfer et le feu éternel, de même que le paradis n'est que l'image imparfaite de la béatitude suprême, de la pleine intelligence des choses et de Dieu, de la révélation directe de l'Invisible aux élus. Ce
livre était dirigé contre les croyances grossières à une résurrection toute corporelle, à des peines matérielles et à un paradis créé pour la satisfaction des sens. Dans le troisième, Origène affirmait hautement le libre arbitre de la créature raisonnable qui ne se distingue des autres créatures vivantes que par la connaissance qu'elle a de ses mouvements et la faculté que possède sa volonté de déterminer celui qui est le plus conforme à sa raison. En même temps, il interprétait l'action exercée par Dieu sur l'âme d'après les nombreux témoignages du Nouveau et surtout de l'Ancien Testament comme une influence qui s'offre plutôt qu'elle ne s'impose. Dieu est le médecin qui se présente pour aider l'âme dans son œuvre propre de purification et lui apporter le remède qui lui rendra la sainteté. Il n'y a pas contradiction, mais accord et harmonie entre le libre arbitre et la volonté divine. D'autre part, notre âme est soumise à l'influence des puissances mauvaises comme les Livres Saints l'enseignent aussi sans cesse. Le mal procède d'elles. Dieu permet cette action pour éprouver notre libre arbitre et notre perfection morale consiste à en triompher : notre vie morale est faite de cette lutte de l'âme qui tantôt s'attache à la chair, tantôt s'élève vers les puissances spirituelles et l'existence du mal en est la condition. La fin du monde est le souverain bien, c'est-à-dire la ressemblance avec Dieu. Les créatures raisonnables l'atteindront par le retour à l'état de pureté primitif, et Origène conçoitle monde actuel comme l'ascension progressive des âmes vers Dieu et il met sa fin dans la béatitude universelle par le règne de l'esprit libéré. Enfin, le quatrième livre n'est que l'exposé de la méthode démonstrative de ces investigations : puisque c'est dans la parole de Dieu révélée et consignée à travers TEcriture qu'il faut aller chercher la vérité, Origène nous expose la
méthode d'exégèse sacrée qui nous permettra d'interpréter les trois sens de la révélation sacrée et avant tout « Tintelligence spirituelle » qui y est toujours et partout enclose. Le trésor des Ecritures est enfermé dans le vase fragile et humble de la lettre : pour l'ouvrir il nous faut « la clef de la gnose ». Suit enfin un résumé des principales idées de l'ouvrage traduit également par Rufm. A travers ce plan assez lâche et quelque peu diffus, il est facile de saisir l'ordonnance générale et les grandes divisions : Trinité, rapports des personnes entre elles et avec la création, créatures raisonnables, Incarnation et Rédemption, nature de l'âme, esprit et corps, libre arbitre, sanctions morales, fin du monde, intelligence des Ecritures, le Péri Archôn embrassait l'ensemble des croyances et des dogmes. 11 est facile aussi d'y apercevoir l'origine des principales erreurs que nous avons définies comme constituant l'origénisme.
Tel est l'ouvrage curieux, savant, élevé, mais aussi hardi^ chimérique, et dangereux pour les esprits non prévenus et les âmes simples que Rufin offrait aux chrétiens de Rome en 398. 11 se vantait sans doute de leur présenter un Origène catholique, de retrancher ou d'atténuer tout ce quepouvaitychoquer lafoi, tout ce qu'il considérait comme étranger à la pensée et à la doctrine même de l'auteur. Mais ce court résumé de sa propre traduction suffit à faire voir avec quelle témérité il suivait son modèle et qu'il ne reculait du moins devant aucune des audaces de la pensée originale. C'en est assez, quelle que soit la valeur même de son travail, pour mesurer déjà combien plus ou moins sincèrement, plus ou moins consciemment il servait, ce faisant, la cause origéniste. De toutes les œuvres du Maître, il avait choisi la plus caractéristique; ses corrections bruyamment annoncées, ses prétendues
précautions se trouvaient d'autant plus suspectes qu'il restait dans sa version plus d'idées semi-hérétiques qu'il ne se faisait fort d'en avoir corrigé ou atténué lui-même; enfin, un fait reste acquis, c'est que son œuvre, en dépit des modifications de détail, est la traduction large, mais exacte dans Tensemble et pour les points essentiels des Principes, Esprit confus, indécis, brouillon, uniquement préoccupé de l'intérêt spéculatif et de la valeur éducative de l'œuvre qu'il traduit, il n'apporte aucun souci d'exactitude oudeformedansson travail. Ni respect du texte, nisens critique : antithèse vivante de Jérôme^ il traduit parfois, il arrange toujours. Cependant la pensée de l'auteur des des Principes est restée en fin de compte si entière et si présente à travers sa traduction que Ton a pu non sans raison fonder sur elle toute une étude de la philosophie d'Origène (1) : le danger, le grand danger provenait de ce qu'il présentait aux Romains ignorants son livre comme une version expurgée et catholique.
Le malheur est qu'il nous manque la partie la plus importante du texte grec et, si les quelques lignes de la traduction de Jérôme ne nous permettent pas d'établir une comparaison qui serait si instructive entre les deux écrivains, nous pouvons cependant, d'après les fragments qui nous restent, nous faire quelque idée de celle de Rufin. La version du long fragment du livre 111 sur le libre arbitre est assez exacte et, dans les corrections signalées par Jérôme, il n'y en a point qui se rapportent aux vingt premiers paragraphes. Il en est à peu près de même pour les vingt premiers paragraphes du livre IV sur l'inspiration des Ecritures et la théorie de la triple intelligence conforme au triple aspect de notre nature actuelle : corps,
(1; Cf. Denis. Op. cit.
âme, esprit. Noter seulement que les §§ 20 et 21, où Origène, poussant à l'extrême sa prédilection pour l'interprétation spirituelle, proclame que, si tout a un sens spirituel dans l'Ecriture, tout n'y a pas en revanche un sens littéral, sont, l'un omis, l'autre réduit à deux lignes. Ces deux passages sont donc, à part une certaine prolixité (1), d'une traduction assez exacte. Mais, si longs qu'ils soient, ce serait se faire une fausse idée de la version de Rufîn que de la juger sur eux : ces deux derniers livres sont d'une importance secondaire dans la question qui nous occupe ; c'est aux deux premiers surtout que se rattachent les erreurs origénistes telles que l'orthodoxie les formulait à la fin du iv' siècle. La question de l'interprétation des Livres Saints n'était pas pour passionner les Occidentaux qui s'initiaient à peine aux études sacrées ; celle du libre arbitre n'était pas encore mûre et nous la retrouverons à son heure; l'intérêt était tout entier dans le dogme de la Trinité désormais défini et dans ces problèmes de la téléologie qui restent toujours et encore aujourd'hui d'actualité parce qu'ils nous touchent de plus près, parce qu'ils se posent et s'imposent à chaque tournant de la vie et que sur eux les données positives de la foi sont plus lâches et laissent une certaine latitude aux conceptions personnelles. Dans ces deux livres, à en juger d'après les fragments épars et courts, mais de première importance qui nous restent soit du texte grec, soit de la traduction de Jérôme, l'inexactitude était flagrante et grave. Nous avons déjà parlé du § 5 du livre I (2) où, en dépit de Rufin et de Huet, Origène établissait en termes exprès une hiérarchie de pouvoir (ôuvà;j.tc;) entre les trois personnes, alors que le traducteur arrange si habilement le texte
(1) Cf. Princ, III, 14, 17, 18, 21.
(2) Chap. III.
qu'il n'en ressort plus qu'une distinction d'attributs. Voici les deux textes (1) :
»"Oxi ô [JiÈv &BOÇ xat iràxTjp auviyoj^ |ta Tiàvxacp6âv£i etç sxajxov xwv ovxwv BjLExaoLOO'j; àxaaxo) àiio xoù IStoo •cô slvaf cùv Y^cp sax'.v eXàxxtov oe Ttpoç xov Ilaxépa ô Ttoç c^ôàviov èiri fjLOvà xà Xovixà* Seuxepoç y*'? ^^'^• xoù Ilaxpdç. ïxi 5s '^xxov xo nv£'j|jia xo àyiov STTt {Jiovouç xoùç àytouç SiïxvoufjiEvov ojjxE y.axà xoùxo {jiec- ÇcDV i\ ouvajJLtç xoù Ilaxpoç Ttapà xov riov xal xo nv£tjfji.a xo aYtov irXetwv Se -f) xoù rlou Tiapà xo IIvEÙfjLa xo àytov xaT iràXtv ota<û£pouaa {xàXXov xoù aY^ou Ilvs'jfjLaxoi; y] Suva[Jt.tç Tiaoà xà aXXa àyia.
Arbitrer ergo operationem quidem esse Patris et Filii tam in sanctis quam in peccatoribus, in hominibus rationabilibus et in mutis animalibus ; sed et in his quse sine anima sunt et in omnibus omnino quae sunt; operationem vero Spiritus sancti nequaquam prorsus incidere vel in ea quse sine anima sunt vel in ea quœ animantia quidem, sed muta sunt; sed ne in illis quidem inveniri qui rationabiles quidem sunt, sed in malitia positi nec omninoad meliora conversi. In illis solis arbitrer esse opus Spiritus Sancti qui jam se ad meliora convertunt et per vias Christi Jesu incedunt, id est, qui sunt in bonis actibus et in Deo permanent. »
Il ne reste rien, pas un mot de cette subordination formelle des personnes divines. Cet exemple à lui seul fait voir la manière et l'esprit de notre traducteur. Il atténue et catholicise certaines expressions téméraires d'Origène, telles que : le Père ne voit pas le Fils, ni le Fils le Saint- Esprit (2), ou, le Père est la Bonté même, le Fils n'en est que l'image (3); il délaie les passages sur la chute inégale des âmes et la diversité du monde qui en résulte (4), sur la corrélation étroite de la chair, du péché et de la mort et leur disparition simultanée à la réhabilitation finale (5) ;
(1) Princ, I, 3, 5.
(?)Id. 1,1,8.
il omet tel passage sur l'immatérialité de la vie future (1), sur le recommencement possible des mondes et de la matière par de nouvelles fautes (2), tel autre plus grave sur l'inégalité de compréhension réciproque des trois personnes (3); il transforme tel autre encore sur l'identité <le la nature des créatures raisonnables et de la divinité (4). En un mot cette traduction était avant tout et d'abord inexacte puisqu'elle se proposait de corriger le texte d'un point de vue étranger à la pensée de l'auteur et, chose grave, cette inexactitude voulue s'appliquait à certains passages et non à tels autres, au gré de l'éditeur latin.
Rufin rappelle dans la préface des deux premiers livres qu'il s'est longuement (plenius) étendu dans VApologie et le De adidteratione sur la nécessité de corriger , V et d'expurger les ouvrages d'Origène altérés par les héréti-
ques : il l'a pleinement démontré avec preuves à l'appui {evidentibus, ut arbitrer, probamentis) : s'il en est un qui réclame ce travail, c'est bien le Péri Arc/iôn « le plus obscur et le plus difficile ». Mais, chose singulière, il restreint l'application de sa méthode à la Trinité. Il le déclare formellement. Sans doute le dogme de la Trinité est avec l'Incarnation le dogme capital de la théologie chrétienne et sa définition est l'œuvre du iv^ siècle ; sans doute, il importe au point de vue où se place le traducteur de redesser sur ces vérités essentielles un livre écrit quatrevingts ans avant le concile de Nicée ; mais la question de la Trinité ne remplit qu'une partie du premier livre et les Principes embrassent toutes les croyances et toutes les spéculations qui intéressent la foi chrétienne. Que penser
(3) IV, 3b.