‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 101 sur 106 · DERNIÈRES LETTRES · texte numérisé non relu

DERNIÈRES LETTRES

rapportant des nouvelles et des lettres d'Afrique et de Rome, où Boniface, après de laborieuses difficultés, avait fini par assurer son élection, après la mort du pape Zosime, contre son compétiteur Eulalius. Il avait voulu lui-même informer Jérôme de son accession au souverain pontificat. En même temps, un certain Donat lui faisait part de ses appréhensions au sujet du nouveau pape. Il se plaignait qu'il ne fût pas assez ferme contre l'hérésie. Jérôme, encore sous le coup de la mort récente d'Eustochium, répond à ces divers correspondants. Il s'efforce de rassurer Donat 1 :

« Il est écrit : Nombreux sont les tourments des pécheurs (Ps. XXXI, lo). Nous affirmons que c'est à bon droit que nous les avons supportés et les supportons, pourvu qu'ils nous soient utiles pour notre salut à venir. Que les cœurs hérétiques soient impossibles à purifier, je l'atteste moi qui ai résolu de ne jamais croire à leur repentir. Ils simulent la charité pour que ceux qu'ils n'ont pu tuer par leurs inimitiés succombent par leurs fausses amitiés. Leurs cœurs sont remplis de poison et, comme tu le dis excellemment, ni l'Éthiopien ne peut changer de peau ni la panthère perdre ses taches. Nous croyons cependant que mon saint et vénérable Seigneur, l'évêque Boniface, les déracinera par l'esprit du Christ. Il faut lui être indulgent si, à ses débuts, il leur offre la charité et, par sa clémence et sa mansuétude, s'efforce de sauver des gens réellement incurables. Je dirai franchement mon avis: à ces hérétiques il faut appliquer le mot de David : Au matin je massacrais tous les pécheurs de la terre (Ps. C, 8). Il faut les détruire, les occire spirituellement, oui les retrancher avec l'épée du Christ, eux que les emplâtres et les émoUients ne peuvent ramener à la santé. »

Et après avoir rappelé la mort d'Eustochium, en pleine persécution pour la foi, il ajoute :

« Salue de ma part dans le Seigneur mon fils Mercator et avertis-le de montrer l'ardeur de sa foi, de détester ceux qui sont souillés de quelque soupçon d'hérésie pélagienne; surtout salue, je t'en prie, mes saints fils : Marc, Januarius, Primus, Restitutus, Trajanus, tous mes compagnons d'armes. La perte d'autrui a été leur propre salut. Pour moi, accablé par la tristesse et par l'âge, brisé par de fréquentes maladies, c'est à peine si j'ai pu proférer ces quelques paroles. »

^ Epist. CLIV (édit. Hilberg ; De Bruyne, ibid.p. 5-6).

Au pape Boniface, il manifeste sa joie des nouvelles reçues ^ :

« Au très bienheureux pape Boniface, Jérôme. « Quelle joie l'ordination de ton pontificat connue par le saint prêtre Innocentius et par ta lettre qu'il m'a remise m'a apportée, ta Révérence ne peut le mettre en doute, puisque depuis longtemps une mutuelle affection nous unit et que nous avons commencé de nous aimer avant de nous connaître. L'homme intérieur est si intimement uni qu'il n'aperçoit pas ce qu'a perdu l'homme extérieur. Ce seul événement a adouci notre douleur pour la dormition de la sainte et vénérable vierge du Christ Eustochium. Cependant cela ne diminue pas notre tristesse de la voir privée de la grande joie que nous éprouvons. Si elle était encore en vie, comme elle exulterait en apprenant cette nouvelle ! Quelles prières et actions de grâces pour demander au Christ sa clémence, en apprenant que son saint et vénérable père est l'héritier du siège apostolique ! La petite Paula qui a été élevée dans tes bras, elle qui représente Laeta,de sainte et vénérée mémoire, pèse maintenant sur nos épaules. Ce fardeau pourrons-nous le porter ? Le Seigneur le sait, lui à qui l'avenir n'échappe point. En nous il n'y a de ressource que la bonne volonté, prouvée non point par l'effet, mais par le désir. Je prie ta Révérence de nous compter toujours parmi les tiens et de croire que nous jouissons comme d'un bien propre de la promotion et de l'honneur de ta Révérence. Certes le saint et vénérable prêtre Innocentius pourra indiquer à ta Béatitude combien, en pleine tristesse, nous avons éprouvé de joie et comment, si c'était possible, nous désirerions t'embrasser. »

Un post-scriptum donnait satisfaction aux désirs de Donat, en ajoutant :

« De ma propre main j'écris ceci pour ta Béatitude : Que les hérétiques sentent que tu es hostile à leur perfidie. Qu'ils te détestent. Les catholiques t'en aimeront davantage. Exécute et fais aboutir la sentence de tes prédécesseurs. Ne souffre point qu'ils gardent le nom d'évêques ceux qui patronnent les hérétiques et frayent avec eux. »

Vers le même temps, Apronius recevait cet autre bulletin de campagne :

« Dieu soit remercié de te savoir sauf et tout ardent de foi, parmi les tentations diaboHques. C'est ma joie d'apprendre dans le Christ que mes fils combattent. Daigne confirmer en nous ce zèle Celui en qui nous croyons, de sorte que nous versions volontairement notre sang pour la

* Epist. CLIII (édit. HiLBERG ; De Bruyne, Revue Bénédictine, 1910, p. 4-5).

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