‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 80 sur 106 · ANASTASE ET L^ORIG^NISME · texte numérisé non relu

ANASTASE ET L^ORIG^NISME

nombre de gens trompés; on mettait sous ses yeux les volumes impies du Periarchon^ avec les corrections dues au scorpion (Rufin) 1. ))

Les impressions fâcheuses ainsi produites furent très opportunément confirmées par une lettre qu'Anastase reçut de l'évêque d'Alexandrie, Théophile. Elle marquait dans son attitude une volte-face inattendue. Jusqu'alors, comme la plupart des gens cultivés de son temps, sans professer les erreurs d'Origène, il goûtait ses œuvres et blâmait les ignorants qui l'attaquaient. Mais à la suite d'une démonstration des moines anthropomorphites et de ses dissentiments avec son ancien homme de confiance, le prêtre Isidore, et avec les Longs Frères, qui l'avaient recueiUi, l'antiorigénisme lui apparut comme le moyen d'accabler ses adversaires ^. Il l'employa avec la vigueur dans l'exécution et l'absence de scrupules pour le choix des moyens qu'il apportait dans tous ses actes. Un concile réuni par lui, au début de l'année 400, condamna l'origénisme. L'autorité impériale confirma la mesure, en proscrivant les ouvrages d'Origène. Théophile s'empressa de porter ces décisions à la connaissance du pape Anastase. Celui-ci, déjà saisi par les amis de Jérôme de la question, fut révolté par les doctrines que lui dénonçait Théo-

^ Epist. CXXVII, 10 : « Non multum post tempus in medio, succedit in pontificatum vir insignis Anastasius quem diu Roma habere non meruit ne orbis caput sub tali episcopo truncaretur... quo hoc? Ad laudem Marcellae. Damnationis haereticorum haec fuit principium, dum adducit testes qui prius ab eis eruditi et postea ab haeretico fuerant errore correcti, dum ostendit multitudinem deceptorum... dum impia IlEpi \\f}^ù)v ingerit volumina quae emendata manu scorpii (Rufin) monstrantur, dum acciti frequentibus litteris haeretici ut se defenderent venire non ausi sunt tantaque vis conscientiae fuit ut magis absentes damnari quam praesentes coargui maluerint. Huius tam gloriosae victoriae origo Marcella est tuque (Principia) caput horum et causa bonorum, quae scis me vera narrare, quae nosti vix de multis pauca dicere. »

2 SocRATE, HE, VI, 7 (PG,LXVII, 684-688); Sozomène, HE, VIII, 11-12 (PG, LXVII, 1544-1545); Palladius, Histor. Laus. X (édit. Butler, p. 29-32, PG, XXXIV, 1028, B et io33,B). Après sa mission à Jérusalem, Isidore avait été envoyé à Rome pour y réconcilier Flavien d'Antioche avec le pape Sirice (398) ; cfr Cavallera, Le schisme d'Antioche^ p. 287-289. C'est à son retour qu'il encourut la défaveur de Théophile, Les Longs Frères étaient quatre moines de haute taille, frères selon la nature, renommés pour leur science et leur vertu. Ils étaient à la tête des origénistes égyptiens.

phile ^. Il s'empressa de condamner ces propositions et toutes celles qu'Origène, dont il avait jusqu'alors ignoré l'œuvre, avait pu soutenir en désaccord avec la foi catholique ^. Puis, désireux de parer complètement au danger, il communiqua sa décision à révêque de Milan, Simplicien, en l'invitant à s'y associer ainsi que ses collègues de la Haute Italie et à la promulguer à leur tour ^.

^ ANASTASE,£'^/5^adSimplicianum, i et2(PL,XX,74,A):«Parianimovirsanctus et honorabilis Theophilus frater et coepiscopus noster circa salutis commoda non desinit vigilare ne Dei populus per diversas Ecclesias Origenem legendo, in magnas incurrat blasphemias. Conventus litteris memorati, convenio sanctitatem tuam.» Le MÊME, lettre àVenerius (RHLR,t.IV, 1899, p. 7-8) : «Indicantecoepiscopo Alexandrinae civitatis Théophile, qui refert se legisse libros quosdam illius qui dictus est Origenis, in quibus sunt tantae blasphemiae in legem divinam val in evangelium Christi Domini nostri... De qua re conventus a Theophilo, convenisse me memini sanctae memoriae Simplicianum praeterito tempore praeeuntem nos ad Dominum. » — Jérôme, Epist. LXXXVIII : « Equidem super hac re et antequam scriberes ad Ocidentem epistulas miseram, ex parte haereticorum strophas meae linguae hominibus indicans et dispensatione Dei factum puto ut eo in tempore tu quoque ad papam Anastasium scriberes et nostram dum ignoras sententiam roborares... Vincentius presbyter, ante biduum quam hanc epistulam darem, de Urbe venit et suppliciter te salutat crebroque sermone concélébrât Romam ec totam Italiam tuis post Christum epistulis libéra tam. »

^ Epist. ad Simplicianum, 2 (avant le 15 août 400 ; PL, XX, 75, A) : « Ne quis contra praeceptum légat haec quae diximus, damnavimus... Illud quidquid est fidei nostrae contrarium ab Origene quondam scriptum indicavimus a nobis esse alienum atque punitum. » — Ibid., 3: « Verum et si qua alia suntabOrigene exposita cum suo auctore pariter a nobis scias esse damnata. » — Lettre à Venerius (RHLR,t.IV,p.6): «Origenes...a nostris catholicis pectoribus habeatur alienus.» — Epist. ad loannem Hierosolymitanum, 3 (PL, XX, 69-70) : « Origenes autem cuius in nostram linguam composita derivavit (Rufinus) antea et quis fuerit et in quae processerit verba nostrum propositum nescit... » — Ihid.^ 4 : « Numquam profecto eveniet aliqua ut haec admittam ratione quae iure meritoque damnamus. » — Théophile, fragment conservé par Justinien, dans le traité adressé à Menas, Adversus Origenem (PG, LXXXVI, 967, B) : « 'Atto tov \6yov rov 'ypa(l>éproç 7rp6ç rivaç fxovaypvç rU ^^piyivovç (^povovvTaç. Ovkovv avadefia- TÎ'^ovTeç TOV 'Qipiyévrjy Kat rovç âXXovç alpETiKOVç., wrrTrep ï]fje~iç, Kai o TÎjç 'Fbjfxaiioy àyiaç '^KKXr^triaç tiriaKOiroç ' AvatTrâaioç ... w koX iràaa rCJv ^aKapiiûv Karà Tt)i' hvmv ÈmaKÔTrioy iTrerai avvo^oç àTrohe)(o^évT) rijç tCjv We^avZpîiov ÈKK\r}(Tiaç Trjv Karà rov ckti^ovç \prj(l>ov.y> — JÉRÔME, Epist. CXXX, 16 ; « Statim noxium perculit caput et sibilantia hydrae ora compescuit.»

^ PL, XX, 73 -76 et JÉRÔME, £'/)wi.XCV. L'authenticité de la lettre est confirmée par l'épître à Venerius (RHLR, t. IV, p. 7-8 ; cfr infra, p. 260, n. 2) : « De qua re conventus a Theophilo, convenisse me memini sanctae memoriae Simplicianum praeterito tempore praeeuntem nos ad Dominum idoneum Christi sacerdotem ut ad episcopos fratres nostros perveniat etiam, sive in illis partibus, quicumque sunt constituti catholici, ut eius sanctis apicibus monerentur, quatenus Origenes cum suo dogmate ab omnibus damnaretur. »

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